
Le pilote
Par André Beaudet
Partie 1 : L’arrivée
Compte tenu de ma position orbitale autour de cette petite planète que je viens de trouver en plein milieu du cosmos, j’assiste à un lever de soleil magnifique qui révèle la beauté de ce corps céleste. Chaque planète possède sa beauté singulière constituant un spectacle pour les yeux. Elle bouge, elle vit. Surtout lorsque cette dernière montre des phénomènes climatiques et gazeux importants. Mon ordinateur de bord dénote la présence de formes de vie biologiques qui vivent sur cette planète. Je reste en orbite un certain temps afin de compléter mes analyses. En me fiant aux paramètres de ma mission, je dois préalablement m’assurer de la pertinence de visiter la surface. D’emblée, elle paraît sans danger, mais je ne brûle pas d’étape. Bien que j’estime détenir une technologie fiable qui me permette d’aller et venir dans le cosmos, une erreur est vite arrivée. Je décide donc d’attendre avant de me poser.
J’étais pris dans mes pensées quand l’ordinateur me résuma : « Mes respects commandant, le rapport d’analyse des conditions présentées montre que la planète n’est pas hostile quant aux éléments biologiques et technologiques. Il est possible pour notre civilisation d’y vivre. Toutefois, bien qu’il existe des formes primitives de sociétés biologiques sur cette planète, la prudence est recommandée lors de l’examen détaillé de la surface». Je demandai à l’ordinateur un peu plus de précisions :
– Les organisations sociétales sont-elles nombreuses?
– Impossible d’estimer avec précision. Beaucoup de créatures sont dispersées sur la surface. Quant aux formes de vie compatibles avec notre civilisation, elles sont assez nombreuses, dispersées avec quelques endroits plus concentrés.
– Connaissent-ils l’industrialisation?
– Négatif. De plus, leurs moyens de communication sont limités à la parole et hypothétiquement à une certaine forme d’écriture.
L’ordinateur me suggère de poursuivre mes analyses en me posant sur la planète. Il est impossible d’obtenir plus de détails sur leurs organisations en ce moment. Son analyse se limite aux captures de données thermiques et visuelles. L’ordinateur ne détecte pas de système dans l’environnement immédiat de la planète sur lequel me connecter.
Il ne me restait plus qu’à me poser discrètement et approfondir mes analyses. Le destin m’aurait-il guidé à ce point dans le cosmos que je trouve au autre lieu propice à l’épanouissement de notre civilisation? Cette planète est-elle ignorée de nos ennemis? Une multitude de questions auxquelles je devais bientôt répondre. Mais avant d’informer mes supérieurs, pour ne pas créer de faux espoirs, je vais m’assurer de présenter la meilleure information qui soit. Se peut-il que ma mission soit si courte? Je pensais être bien plus longtemps dans l’espace avant de trouver un tel corps céleste habitable. «C’est forcément le destin, me dis-je».
J’entame tout juste la procédure de descente que mon scanner m’indique d’urgence que je me trouve dans le collimateur d’un appareil non identifié. Une inquisition laser est détectée. Je contourne derechef l’ordinateur pour faire plonger mon appareil et je lance les contre-mesures. À peine ai-je eu le temps de faire ça que je suis attaqué. J’évite la salve laser. Je brouille ses communications et j’attaque! Le combat stratosphérique est bien engagé. Après plusieurs salves de part et d’autre, je profite d’un angle mort pour plonger vers la surface les gaz au fond. Il me prend en chasse et m’abat. L’affrontement est terminé. Je suis rendu dans la troposphère de cette planète et mon seul souci est de stabiliser mon vol d’approche.
Fumée, clignotement du tableau de bord, bref, les avaries sont considérables. L’entrée dans l’atmosphère à une vitesse phénoménale abîme de plus en plus le fuselage de mon appareil. C’est un enfoiré de Viparo. Il revient à la charge. Il sait que la cible n’est pas totalement détruite. La manœuvre devient complexe avec lui aux trousses. Je perds la maniabilité de l’appareil. Je dois simuler un écrasement afin qu’il m’oublie. Je n’ai qu’à m’éjecter à la dernière seconde. Le Viparo me talonne, mais il a aussi de la difficulté à stabiliser son vol vers la surface. Tout compte fait, j’ai réussi à lui infliger des dommages.
Je fus soudainement pris d’angoisse. Malgré les turbulences et la difficulté à maintenir l’appareil, mes pensées se tournèrent vers cette planète que j’allais littéralement percuter. Quelle sorte de monde vais-je découvrir? Quelles forces hostiles vais-je rencontrer? Comment vais-je faire pour m’écraser sans être remarqué. Je n’avais jamais éprouvé une telle angoisse. La peur de me trouver seul dans un environnement que je n’ai pas eu le temps d’étudier convenablement. Si je m’en sors vivant, que vais-je faire de l’appareil? Rien ne sera récupérable.
La surface de la planète est presque atteinte. Le nez de l’appareil est redressé au maximum. L’alarme d’extrême urgence retentit dans tout le cockpit. D’une main je tiens la poignée de direction, de l’autre je tente de saisir le boîtier rétractable de l’ordinateur de bord que je pourrai connecter au terminal qu’offre le siège avec lequel je m’éjecterai sous peu. Au même moment où je décroche le boîtier de l’ordinateur, le Viparo m’atteint d’une salve qui a raison de mon engin. À la dernière seconde, je réussis à connecter le boîtier sur le terminal de mon siège désormais mon ordinateur central. Je profite de l’imminence du choc pour m’éjecter pour le Viparo croit m’avoir éliminé pour de bon.
Une énorme pression s’exerça sur moi lors de l’éjection. Depuis les airs, je vois mon appareil se désintégrer. En quelques secondes, je fracasse violemment le sol. Pendant un bon moment, la poussière recouvrait tout. Impossible de voir si le Viparo était toujours là. Je reprends mes esprits le temps que la poussière se dissipe. Je vois l’appareil du Viparo amorcer sa phase finale d’atterrissage pour le moins hardie. Il cherche à se poser quelque part. Son appareil est dans un état déplorable. Je suis pris ici avec lui. S’il ne bousille pas son appareil j’ai peut-être une chance de le descendre et repartir avec.
Je planque mon matériel et je me dirige vers l’endroit où il va manifestement se poser. La poussière est à peine tombée qu’il bondit à l’extérieur de son appareil. Si je me fie à mes connaissances de la mécanique, il tente de réparer son diffuseur de communication que j’ai endommagé. Grâce à cette salve, je me protège d’une invasion et je préserve le secret de cette planète qui convient parfaitement aux visées pacifiques de mon Peuple. Je me dis: «qui voudrait vivre sous le joug des Viparos?» Ces créatures sans scrupules que nous appelons les Mangeurs de Planète! S’ils débarquent, oubliez votre évolution.
Le Viparo observe son appareil. Il a l’air déconcerté, tout comme je le suis. Nous sommes, lui et moi, prisonniers de cette planète inconnue. J’approche en rampant sur le sol. Mon nécessaire de survie est bien caché à l’endroit où j’ai établit mon centre d’opération d’ici à ce que je me débarrasse de mon ennemi juré. Je réussis à relever ses moindres gestes. J’en déduis qu’il partira en balade dès que son appareil sera sécurisé. «Allez c’est ça ordure, marche que je te coince».
Nous marchions depuis un long moment dans ce désert. Il ne se fatiguait pas. Mes jambes sont de plus en plus endolories à force de le suivre en adoptant des positions inconfortables tantôt en catimini tantôt rampant. Je maintiens une bonne cadence pour ne pas lui laisser prendre trop d’avance. Va savoir ce qu’il est capable de faire! Tout à coup! il s’arrête. Il se penche pour observer je ne sais pas quoi ou qui? Il semble y avoir une petite vallée devant nous. La chaleur accablante associée à la surexposition de la lumière de l’étoile en fait un endroit désertique rocailleux parsemé de petite dunes de sable beige magnifiquement découpées pour les séparer de cet horizon d’un bleu parfait.
Rêveur l’espace d’un moment, j’en oublie le Viparo. Oh! Il était déjà parti tandis que je songeais à la beauté du paysage. Je m’avance et je l’aperçois. Il a repéré quelque chose, quelqu’un? Il descend et il se dirige vers un petit groupe d’habitants de cette planète affairés à une tâche. Je dois l’empêcher d’entrer en contact avec cette civilisation. Il risque de les anéantir. Comment l’intercepter sans être vu? Je réfléchis à vitesse grand V avant d’agir. Il a presque rejoint le groupe de personnes. Je n’ai plus le choix, je donne l’assaut. Je cours vers lui avec tout le mal que je ressens dans mes jambes fatiguées et endolories.
Le groupe compte environ quinze personnes qui nous regardent venir vers eux. Le Viparo marche plus lentement. Il ne m’a pas vu, ce qui me donne les coudées franches pour le rejoindre. Je me mets à faire des sémaphores, toutes sortes de mouvements avec mes bras pour tenter de faire savoir au groupe de fuir. Au lieu de déguerpir, ils nous regardent venir. Le Viparo fait rapidement un plus un et il se tourne vers moi, me pointe avec son arme de poing et tire.
Je me suis littéralement laissé tomber pour éviter la salve. Je remercie mes jambes exténuées qui ont agi plus vite que je ne l’aurais fait. Ce qui à plus forte raison me sauva la vie. Voulant surprendre le Viparo, je me suis fait prendre à mon propre jeu. Encore secoué de ma chute, et de cette salve qui passa un peu trop près soulevant la poussière; je gagne habilement mon arme de poing; tandis que je commence à voir la silhouette de mon ennemi à travers le nuage de sable; il avance lentement mais sûrement, et il tire de nouveau sans prendre le temps de se mirer. La salve heurta fermement le sol, m’évita de justesse encore une fois et leva encore plus de poussière. Je fis feu également sans chercher plus de précision que ce pilote n’en eut à mon égard.
La poussière commence à se retomber et je le vois coucher au sol, inerte. Les témoins de cette scène s’approchent du Viparo avec circonspection et stupéfaction. Je ressemble à ces êtres vivants. Il sera plus facile de s’expliquer et ils comprendront que les Viparos sont des bêtes sans code, sanguinaires et qu’elles sont maintenant leurs ennemis à eux aussi. Je me relevai lentement pointant mon arme vers le corps inanimé du Viparo. Je m’avance tout en regardant les témoins à l’affût de mes moindres gestes. Je marche vers le corps gisant. Une confiance mutuelle s’installe, je le vois dans leurs yeux. Il ne fallut pas plus de relâchement de ma concentration pour que tout à coup! Paf! Le Viparo donne un solide coup de pied sur mon arme. Celle-ci revola je ne sait où? Secoué, je vois le Viparo profiter du moment pour se relever. Nous savions que nous engagions alors un combat sans merci où il n’y aurait pas de quartier. Un peu plus tôt je lui avais infligé une blessure, mais pas assez importante pour l’empêcher de se relever. Je dois conserver l’avantage du combat. Nous nous fixons sans presque cligner des yeux. Nous bougeons lentement rétrécissant la distance qui nous sépare. Chaque geste est scruté de part et d’autre. Nos cerveaux calculent, analysent l’action à prendre.
J’avais affaire à un Viparo grand et bâti. Il devait être un guerrier puissant. Je respecte mon adversaire, et ça semble réciproque. Nous livrons un combat depuis l’espace dont la lutte à finir allait se passer sur cette planète inconnue. Devant des spectateurs impromptus et ignorants du combat séculier que nous livrons n’ont d’autres options que de nous observer. Nous sommes rendus à moins de deux mètres. Pour eux, notre combat n’était pas banal. Cachés ou refoulés au sol, d’aucuns épient nos moindres gestes. Le Viparo commence à être nerveux, il regarde autour de lui, il se sent traqué. Il cherche son arme. Je continue à le fixer. Il est à moi. Je vais me le faire. J’en jubilais, mais «calme-toi» me dis-je. Sans savoir ce qui se passa, j’entendis une salve de l’arme du Viparo.
Un des habitant de cette planète s’était enquis de l’objet de destruction et avait maladroitement fait feu envoyant cavaler une sorte de hutte en terre non loin. Le Viparo et moi nous éloignons l’un de l’autre. Nos regards se tournèrent vers le détenteur du pouvoir ultime pour lui soudoyer l’arme. Qui allait-il choisir? Je lui fis signe de me donner l’arme. Le Viparo en fit autant. L’être visiblement apeuré tenait cette arme de sorte à tenir le Viparo et moi en joue. Nous marchons comme on dit sur des œufs de «Liviparédus»! Habilement le Viparo se déplace vers un petit groupe de personnes qui s’étaient rapprochées. Il en profite pour saisir une personne, la prendre en otage, s’en servir comme bouclier et avancer vers le détenteur du feu salvateur. L’être tenant l’arme paraît maintenant désemparé. Je n’ai pas le temps d’utiliser mon traducteur afin de parler avec lui et négocier son pouvoir.
La situation tourna subitament à mon avantage quand l’être actionna malencontreusement l’arme pour une deuxième fois. Pointant le Viparo et l’otage, il tira. Cette fois-ci avec plus de précision, la salve tua de manière violente le Viparo. Ce coup fatal d’une force terrible fut tel, que l’impact propulse mon ennemi sur quelques mètres entraînant la victime colatérale carapultée tête première au sol. CRACK! Un silence envahit le lieu. Deux sépultures devront être dédiées à ce combat interplanétaire. Une autre civilisation venait d’entrer en guerre contre les Viparos sans le savoir. Je suis redevable à ce Premier combattant allié à la cause de ma civilisation, redevable d’avoir tué cette créature, redevable cette personne qui a payé de sa vie pour nous sauver.
Un long silence suivit la mort de l’otage et du Viparo. Je m’approchai des deux corps en ramassant mon arme de poing. Je me dirige ensuite vers notre sauveur encore figé pour lui retirer lentement l’arme du viparo. Il me regarde. Regard que je lui rends emplein de reconnaissance, ce qui nous unit dans la paix. La tristesse et l’incompréhension envahissent le cœur de chacun. Je pensais : «J’amène dans ce monde une nouvelle menace, qui sans doute, s’ajoute aux nombreuses menaces auxquelles ce Peuple faisait déjà face. Que pensent-ils? Que vont-ils faire? J’avais hâte de m’enquérir de réponses.
À suivre…
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