Démocratie et supercherie, vol. 3, no. 1
31 décembre 2023
Par André Beaudet

Tel que l’éditeur l’annonce, 2023 a été pour le journal une année de réflexion éditoriale. Il était toutefois impossible de terminer l’année 2023 sans écrire au moins le traditionnel éditorial de fin d’année.
Afin de protéger nos intérêts nationaux, nous avons accentué considérablement notre dépendance aux marchés internationaux. Nous avons propulsé l’économie des années 1990 et 2000 dans la délocalisation de la production et la multiplication des traités de commerces de sorte que les métiers et les petits commerçants ont été appelés à disparaître au profit des magasins à grandes surfaces. Encore une fois, la dictature de la minorité démontre que les politiques et la consommation accaparent 80% de l’attention et servent un confortable 20% de la population.
Nous constatons aujourd’hui qu’au moindre soubresaut de l’économie nous sommes impactés puisque nous confions une partie de notre production et de notre logistique entre les mains d’étrangers. Il est donc normal qu’une chaise coûte plus chère à produire et à livrer en période d’inflation. Finalement, si nous l’avions produite ici, comme tous les produits d’appel devraient l’être d’ailleurs, nous la paierions aujourd’hui certes plus chère, mais l’argent resterait dans notre économie.
L’exportation des produits de spécialités et la production locale des produits d’appel semblent être des avenues plus saines et plus équilibrées dans une économie mondiale qui prend de plus en plus votre pouvoir d’achat en otage. Renforcer le produit national passe par l’autonomie. Pensez aux pays d’Amérique Latine à qui nos démocraties occidentales ont amputé la capacité de s’autosuffire de sorte qu’aujourd’hui ils importent pour la plupart presque 80% de leurs besoins alimentaires et énergétiques (technologies s’ils possèdent les matières premières). Ce fût la cas avec Cuba privé de l’expansion de son marché de la canne à sucre durant la Guerre froide à cause de l’embargo maintenu par les États-Unis ad vitam æternam sur ce pays.
C’est ce qui est en train de nous arriver, nous rendre dépendant à tout objet de consommation. C’est pourquoi un retour au local pour chaque pays va permettre de créer un meilleur équilibre global. En somme, l’enjeu pour chaque nation consiste à certes aider d’autres nations, mais surtout que chaque pays soit en mesure de développer les technologies pour faire du sable avec de l’eau s’ils n’ont que d’eau, ou faire de l’eau avec du sable s’ils n’ont que du sable. Pensez aux Pays-Bas qui creusent le fond des rivières et utilisent ensuite le sable obtenu afin d’endiguer l’érosion. Cela cause toutefois d’autres problèmes. Mais l’effort est là, tout comme des pays de la région subsaharienne de l’Afrique et l’Arabie Saoudite qui réussissent à amener de l’eau dans le désert. Il faut pousser ses technologies et les rendre accessibles, non pas en vue d’exploiter la terre d’autrui, mais bien pour créer l’équilibre mondial et la démocratie dans un équilibre de production locale et de coopération technique globale.
Quels sont donc nos options? Nous couper complètement du Monde risque d’engendrer le problème de limiter notre développement économique. Non! Polariser l’économie comme les forces internationales semblent dessiner la carte géopolitique du Monde à l’aube de 2024. Non! Créer des pandémies, continuer à créer des guerres, tout ça pour faire bouger le capital d’une force à l’autre, alors que le petit monde poursuit son esclavagisme, courir après sa pitance. Non! Car en vérité, avec 100 000 $ de salaire par année, il est difficile d’économiser 20% de cette somme pour l’épargne et les placements. Limiter l’entrée des forces politiques et économiques internationales dans une économie locale apparaît évidente, un peu à l’instar des pays scandinaves.
Le désengagement palpable de l’état, des gouvernements autant Canadiens que Russes ou Français, trahit le mandat qu’ils tiennent du Peuple, en rendant les services peu accessibles et peu efficaces. Au Québec, on redirige la population vers le système privé de santé preuve de la trahison. La justice pour ceux qui ont les moyens met en exergue le néologisme «démocrature». C’est-à-dire la perte de certains droits, l’autorité éhonté de l’état et son laissez-faire sur les activités financières des «crosseurs» en immobilier qui bénéficient de la complaisance de l’état et des structures juridiques et constitutionnelles des villes québécoises qui elles jouissent davantage de liberté de créer des corporations et autres types d’organisations privées-publiques pour accommoder nos «crosseurs» comparativement à la structure gouvernementale provinciale plus limitée à ce niveau. Soyez rassurés toutefois, chaque palier de gouvernement entretient son lot de «crosseurs». Ces gens vendent littéralement nos terres aux étrangers et cela s’accélère depuis plus d’une quinzaine d’années.
Le recul de la démocratie, le recul de la libre expression, tous ces droits, qui notamment permettent de cracher dans la main qui nous nourrit, car la liberté par le Peuple, et non celle des ploutocraties qui se prennent pour reines. Non personne ne se fera couper la tête pour avoir dit ce qu’elle pense, mais devant l’autorité de l’état, on nous fait sentir notre état de sujet, il y a une limite à la loyauté!
Il est donc temps d’agir et de modifier notre mode de scrutin, limiter comme aux États-Unis à deux mandats consécutifs le droit d’être Premier ministre et libérer la presse de l’emprise de l’état. En fait, le concept d’État-Nation date de la deuxième moitié du 19ième siècle. Ne serait-il pas temps de revoir le contenu et la portée de nos constitutions peu changées depuis, si ce n’est qu’agrémentées de quelques amendements pragmatiques, et qui méritent une refonte totale (environnement, logement, relations internationales)? Par exemple, les Pères fondateurs de la Constitution canadienne de 1867 ont prévu que les Provinces ne pouvaient pas être autonomes économiquement. D’où les relations entre les gouvernements provinciaux et fédéral pour obtenir plus de pouvoirs, ou du moins, plus de capacité à intervenir dans un champ de compétence fédéral, mais néanmoins névralgique dans la gestion provincial : l’immigration.
Remarquez que ce petit jeu se joue à deux, et que cela reporte le véritable enjeu de revoir le concept des constitutions aujourd’hui. Tant et aussi longtemps que les économies de certains pays influents seront hypocritement basées sur les industries qui constituent le complexe militaro-industiel mondial, et que celles qui participent à l’économie parallèle; comme les producteurs automobiles qui ne freinent pas le vol de voitures; car cela permet d’entretenir une production marginale, il y a lieu de s’inquiéter de nos droits et libertés jusqu’au jour où nous déciderons que ce petit jeu a assez duré.
La dérive de l’État québécois, vol. 2, no. 6
31 décembre 2022
Par André Beaudet

L’année 2022 termine sa course et elle nous laisse un peu tous babas comme dit l’autre dans sa chanson! À preuve, il y a la sortie de la pandémie; non scénarisée, n’y par nos élus; ni par la firme McKinsey, et la guerre en Ukraine, plus crédible à nos yeux qu’un virus, car c’est un phénomène mieux connu. Le réveil est brutal. Les riches sont plus riches, et les pauvres sont plus pauvres. Pire, les espoirs d’un Monde heureux au sortir de la Guerre froide s’estompent peu à peu. Imaginez, s’il eût fallu que les pauvres s’appauvrissent au même rythme que les riches se sont enrichis dans les deux dernières années, l’inflation serait le cadet de nos soucis.
Cette situation incite l’Éditorrieux à faire le point sur les principaux enjeux que le Québec doit affronter pour éviter de participer au scénario catastrophe de fin du Monde démocratique. Nous passerons en revue dix sujets en partant de la situation du Québec vers la perspective globale des enjeux sociaux, politiques et économiques en fin de texte. Ainsi, pour éviter la dérive politique de l’État québécois, les sujets suivants méritent une attention particulière à l’aube de 2023. La liste des sujets n’est pas exhaustive, mais elle constitue la problématique soulevée dans cet article. Notez qu’ils ne sont pas présentés par ordre d’importance, mais bien dans une perspective d’analyse politique nominale des enjeux, tout en maintenant des liens entre eux et la situation internationale. Les premiers points concernent des sujets provinciaux et les derniers traitent des enjeux internationaux.
1. La réforme du mode de scrutin
La réforme du système électoral québécois paraît banale considérant l’inflation et, curieusement, le climat despotique international qui s’installe. L’Éditorrieux rappelle que notre système de représentation électoral a été pensé, voire emprunté, au système électoral britannique, lui-même amendé a contrario du modèle québécois. Ce sujet ne date pas d’hier. Cela fait une trentaine d’années que nous en parlons sans agir, alors que bien de politologues le préconisent. La transition serait faite aujourd’hui, de la même manière que nous avons autorisé le virage à droite à un feu rouge, et que nous avons eu à nous accoutumer, il en va de même pour un changement dans le mode de scrutin. Autrement dit, il faut trouver la formule qui permet que toute représentation significative mérite un siège dans une assemblée législative.
En refusant de rouvrir le dossier du mode de scrutin électoral à adopter, le Premier ministre du Québec François Legault choisit l’évitement sur ce sujet, car il lui sied de régenter l’état grâce au mode de scrutin uninominal à un tour qui favorise l’iconicité du pouvoir. Ainsi, après l’Église et Maurice Duplessis, nous préférons choisir un bon monsieur pour nous diriger au détriment du multipartisme permettant la répartition des votes davantage en fonction des clivages sociétaux.
Le lobbying financier qui s’exercent autour du pouvoir finit par dicter au gouvernement la manière de constituer son agenda politique. Comme la Coalition Avenir Québec (CAQ) a pris le pouvoir majoritairement depuis 2018, les lobbies se sont tout simplement déplacés. Ils ont quitté certains partis politiques pour se rapprocher du parti qui forme un gouvernement majoritaire pour assurer les bonnes affaires, outil essentiel pour donner aux pauvres millionnaires un tant soit peu accès au capital, et la chance de devenir milliardaires, et ainsi de suite. Ajoutez à cela les nouveaux joueurs qui arrivent en politique, ceux qui entrent par la porte d’en avant, et ceux qui empruntent la porte d’en arrière.
2. La langue française
Qu’il s’agisse de politique, d’économie ou de langue, il demeure difficile d’affirmer ce que seront les tendances qui se dessinent à partir du contexte international actuel. En tout cas, au Québec, la question se pose à propos du français. Il faut accepter que la langue évolue, mais il possible de la protéger en même temps. La rapidité à laquelle nous communiquons aujourd’hui n’aide pas la cause. La touche «entrée» s’enfonce parfois trop rapidement, et au-lieu de penser l’écriture, il faut réparer les bourdes. Ce phénomène paraît commun, puisqu’il touche toutes les cultures, et toutes les langues. Il y a là matière à réflexion.
Le problème avec notre langue est qu’elle n’est pas défendue dans les bonnes instances. La CAQ tente aussi bien que mal à protéger la langue française, mais les efforts sont davantage électoralistes qu’institutionnels. La souveraineté du Québec n’est plus une question de clivage entre Francophones et Anglophones. Le clivage existe entre société québécoise à préserver et société internationale individualisée tant désirée. La tendance montre actuellement que l’argent écrapoutit la démocratie, c’est-à-dire qu’il détruit l’esprit égalitaire et le caractère grégaire des gens, au profit du bling-bling, en ce qu’il abrutit ses possesseurs. Le réveil sera brutal lorsque vous vous réveillerez pas d’argent, et que ça ne parle plus français au Québec…
3. La santé
La santé est un trou sans fond. C’est le nouveau Stade olympique. Il y a trop de chefs, et pas assez de soldates et de soldats. Aucune réforme sérieuse n’a été proposé depuis vingt-cinq ans. On a mal géré la santé pour se garder une promesse électorale de régler le problème. C’est justement ça le problème. Utiliser la santé pour des raisons électorales, et la répétition de ce modèle depuis vingt ans, cause un véritable problème aujourd’hui.
La médecine, à domicile et en cabinet, demeure le moyen le plus susceptible de contrer les longues attentes dans les urgences. Du coup, les hôpitaux reprennent le rôle fondamental d’urgence, de chirurgie et d’admission pour une plus longue durée. Les soins à domicile constituent un moyen important de permettre aux patients.es d’être traités.es dignement comparativement aux urgences actuelles où l’on vous crache au visage de vous taire. La construction, de résidences pour personnes âgées et d’hôpitaux, est un moyen d’alimenter la corruption, et de nous priver des services de qualité auxquels nous pourrions avoir droit dans le confort de notre résidence.
4. L’éducation
L’éducation est une autre catastrophe au Québec. La santé et l’éducation sont des pouvoirs importants dévolus aux provinces, et nous avons réussi à les compromettre par notre incapacité à bien les gérer. D’aucuns sont d’accord pour situer le problème au niveau de l’assouplissement ou plutôt d’aller moins en profondeur dans l’enseignement de certaines matières avant l’université. Cela finit par tirer vers le bas la qualité des étudiants.es qui se rendent à ce niveau d’étude.
L’Éditorrieux est loin de sous-estimer les métiers. Au contraire! Mais pourquoi les babyboomers qui ont bien réussi l’équivalent d’un secondaire cinq dans les années 1940 savent mieux écrire qu’un.e étudiant.e universitaire aujourd’hui? Pourtant, les notions incluses dans le soi-disant cours classique sont également transmises dans le système d’éducation moderne. C’est donc un problème de rigueur. Que voulez-vous, l’enseignement est monochrome, tous pareils. Einstein disait que : le problème de l’Homme est de répéter sans cesse le même procédé, et de s’attendre à des résultats différents». Drôle de monde où on nous dit d’être créatif, tout en nous dictant de bien suivre le groupe…
5. L’immigration
L’immigration est la richesse d’une nation. Toutefois, au Québec ce pouvoir appartient au fédéral. Nous sommes donc limités dans notre capacité à élaborer une politique d’immigration cohérente. De toute façon, les politiciens et les gestionnaires de l’État québécois finiraient par faire de l’immigration le même fiasco qu’ils ont fait avec la santé et l’éducation. Le meilleur exemple est la considération portée aux diplômes détenus par des nouveaux arrivants. Toutes les provinces canadiennes reconnaissent les diplômes étrangers selon une procédure rigoureuse et diligente, alors qu’au Québec, il est très difficile de faire reconnaître un tel document fût-ce-t-il prestigieux!
Les champs juridiques et constitutionnels demeurent mieux définis pour l’éducation et la santé que pour l’immigration. Chaque palier de gouvernement respecte les limites de ses juridictions. En ce qui concerne l’immigration le chevauchement des compétences provinciales sur celles fédérales provoquent le déséquilibre que nous vivons en ce moment. Il arrive beaucoup de nouvelles citoyennes et de nouveaux citoyens depuis 2019. La population est en droit de connaître les objectifs annuels d’accueil des nouveaux arrivants, mais plus fondamental, il y a lieu de nous informer sur l’état actuel de l’immigration. En d’autres termes, ce que nous constatons à travers le Québec aujourd’hui autour de nous comme nouvelles québécoises et nouveaux québécois, ça représente combien de personne par année? Nous voulons connaître, de préférence en temps réel, autant les données historiques que celles prévisionnelles de l’immigration.
6. L’information
Avant d’aborder la question des médias, il y a matière à explorer le concept de l’information en général. La pandémie 2020-2022 a permis à bien des mouvements de blogueurs, initiés il y a une quinzaine d’année, comme le mouvement «Woke», de diffuser massivement puisque les habitants de la planète étaient tous rivés sur Internet. On réalise qu’Internet ne sert pas juste à acheter en ligne! Monsieur et madame tout le monde prennent véritablement conscience de l’existence d’une communauté, d’un autre réseau parallèle à la télévision, et le jeu du «Fake News» se met enfin en place, histoire de mêler encore plus le monde.
Habitués à la télévision, le gens doutent qu’il puisse y avoir de la bonne information dans le cafouillis d’Internet. La télévision dit donc la vérité, et Internet répand des mensonges. En fait, c’est le contraire aujourd’hui. Il faut s’en rendre compte. Les personnes qui écoutent seulement les médias traditionnels sont complètement désinformés. C’est vrai que sur Internet, il y a beaucoup d’informations douteuses. Tout comme nous apprenons de plus en plus à nous faire à manger, et qu’il y a plus d’efforts à fournir, il en va de même pour l’information. Il faut chercher et valider davantage. Cela fait, vous êtes libérés de l’influence des médias traditionnels qui transmettent l’agenda politique et économique du gouvernement, lui-même recevant l’agenda politique et économique du G8, etc.
7. Le quatrième pouvoir
Il fut un temps où la presse révélait au grand jour les énigmes politiques comme le «Watergate» en 1974 ou encore les études publiées en 1971 par le Washington Post à propos de la guerre injustifiée du Vietnam. C’est l’époque où la presse joue vraiment son rôle de chien de garde, et qu’elle n’est pas encore l’outil de propagande du gouvernement comme c’est le cas aujourd’hui. Seulement 30% des pays de la planète sont démocratiques, et nous incluons la Turquie là-dedans. La loi du nombre renvoie l’indépendance de la presse occidentale actuelle au rang de la presse contrôlée des dictatures qu’elle dénonçait elle-même à l’époque. C’est pourquoi la liberté d’expression sur Internet fait peur, et que le gouvernement menace de couper l’herbe sous le pied de la presse si elle n’enlève pas ses chiens de garde du chemin.
La complaisance règne, surtout dans les petites villes. L’Éditorrieux s’est indigné lorsqu’une chaîne nationale, dans le cadre d’une émission régionale quelque part au Québec, une animatrice a reçu le Premier ministre du Canada durant la pandémie, et au-lieu de mener une entrevue journalistique méthodique, on mena une conversation complaisante. Le contenu de variété a pris le dessus sur l’information journalistique rigoureuse. Certains médias écrits, tels que The Economist, The New York Times et The Washington Post, agissent encore un tant soit peu en gardiens des principes de liberté et de démocratie en termes d’édition et de publication.
8. Les relations internationales
Dès que l’économie est exposée à l’influence des relations internationales, il devient plus difficile de planifier le capitalisme, ce qui serait de toute façon une contradiction. Les politiques économiques du Québec comporteront donc quelques asymétries conjoncturelles puisque le Gouvernement du Canada énonce et prend les décisions économiques importantes dans le domaine des relations internationales.
Le Québec déploie de nombreux efforts pour soutenir une diplomatie parallèle, mais peu d’homologues étrangers représentent dans la sphère internationale des organes de structures politiques internes tels qu’états, départements, territoires ou provinces. Encore là, l’économie se dirige par les choix individuels quotidiens de consommer tel ou tel produit, et non par une planification gouvernementale. C’est ce qui a été tenté entre les gouvernements du monde et le «Big Pharma» durant la pandémie.
À l’ère de l’internationalisation du comportement individuel sacré, de nombreux enjeux de sécurité continuent d’accaparer les ressources matérielles et financières de la planète, ce qui porte à négliger ceux qui ont faim, et qui n’ont nul part où habiter. On pourrait croire que la classe dirigeante laisse l’environnement se dégrader de sorte que les changements climatiques se chargeront d’éliminer les personnes incapables de payer le prix de vivre dans une société hypothéquée par une industrialisation polluante depuis 1750.
9. Le capital
Le capital mondial subit de nombreux soubresauts en 2022, et le Québec n’a pas vraiment d’influence si ce n’est d’être dans le Canada pour gratter sa part. L’économie internationale offre de nombreux avantages pour la disponibilité des produits et des services, mais dès qu’un événement perturbateur agit sur une étape de la chaîne d’approvisionnement, des phénomènes de pénurie ou d’inflation se produisent. Une économie complètement autarcique ne peut pas subir d’inflation puisqu’elle contrôle sa production, sa distribution et les prix varient afin de permettre la concurrence. Seul un événement comme une mauvaise récolte ou un phénomène climatique dévastateur peut ébranler une telle économie.
Alors imaginez le mouvement du capital mondial actuellement. Les économies interreliées, et les changements drastiques des habitudes de consommation, dus aux impacts des événements successifs comme la pandémie de la Covid-19 et la guerre en Ukraine, bouleversent les projets de monsieur et madame tout le monde qui perdent une bonne partie de leurs pouvoirs d’achat déjà fortement limité. Encore une fois, une chance que la courbe d’enrichissement exponentielle des riches qui deviennent encore plus riche que jamais dans l’histoire de l’Humanité, n’est pas proportionnelle à la courbe d’appauvrissement, sinon peu de gens survivraient à un processus de paupérisation de cette ampleur.
Pour comprendre la place qu’occupe le capital, imaginez que la planète Jupiter est la Terre, et que sa tache rouge est le capital qui bouge en permanence. La recomposition 2.0 de l’impérialisme soviétique que chérit Vladimir Poutine est une tentative de casser la tache rouge, le capital. Même en disposant d’une grosse machine de guerre et d’influence, la Russie ne parvient pas à provoquer une crise suffisamment forte pour scinder le capital et ramasser la plus grosse part. Le problème est que le capital mondial n’est pas caché dans un coffre. Au contraire de la tache rouge, il est essaimé comme un voile partout sur la planète, bien qu’appartenant à quelques-uns, si on tente de le scinder à un endroit, il s’enfuit avant la saisie vers un lieu plus sûr, car désormais, plus besoin d’armée, plus besoin de coffre et bientôt plus besoin de banques.
À l’époque, la fortune d’un pays est bien gardé au château. Ainsi, la fortune de la France est la somme de sa valeur à laquelle il faut additionner la valeur de l’Espagne une fois conquise. La fortune de l’Angleterre une fois la France conquise est la somme de sa valeur, plus la valeur du trésor de la France plus la valeur du trésor de l’Espagne. Bref, le capital grossit, mais il change de main. Comment cela est-il possible? Il s’agit de faire une guerre ou de lancer un virus, et le capital changera d’hôte, ou de forme, et il poursuivra son œuvre d’aspiration des ressources, tel un trou noir.
10. L’environnement
Dernier sujet, et non le moindre, l’environnement, nous devrions dire notre maison, est intimement lié aux technologies. Comment est-il possible de produire sans polluer? Cette question paraît récente dans l’histoire moderne, mais on s’en préoccupe depuis longtemps pour des raisons économiques. L’arrivée de l’automobile a permis de réduire l’utilisation des bêtes qui polluent le champs, sans oublier qu’il faut cultiver plus de terre pour les nourrir, au-lieu d’utiliser ce champs harmonieusement. Les automobiles et les camions finissent par créer la nécessité de cultiver des champs pour les carburants nécessaires à l’alimentation énergétique d’une population et d’une économie croissante, de sorte que le retour aux animaux soit envisagé.
Il faut faire cesser de faire tourner ce cercle vicieux car il rapporte peu à la communauté, mais beaucoup au capital. L’évolution veut que nous soyons capable de produire de l’énergie pour la planète en étant capable de capter toutes les sources possibles d’énergies propres afin d’arriver à la pollution zéro. Le double défi consiste à nous préserver et à préserver les espèces. Toutefois, nous demeurons des consommateurs. Nous allons toujours polluer. Les ressources sont rares. L’enjeu du futur repose sur la possibilité technique de produire de l’énergie en fonction des éléments et des composés chimiques présents dans l’environnement, c’est-à-dire faire de l’eau avec du sable dans le désert, et de la glace au beau milieu de la forêt amazonienne. Sur cette note d’espoir, merci de lire l’Éditorrieux!
Bonne et heureuse 2023 remplie de beaux projets!
André Beaudet
Éditeur
Pour citer cet article :
Beaudet, A. (2022). La dérive de l’État québécois, L’Éditorrieux, 2(6), pp. 1-7. https://leditorrieux.com/
Mots-clefs: État québécois, relations internationales, économie, information
Références :
Archives de l’Éditorrieux
Le multipartisme et les élections, vol. 2, no. 5
1 octobre 2022
Par André Beaudet
Enfin nous avons droit à une vraie lutte à cinq partis politiques dans le paysage politique québécois en vue de l’élection du 3 octobre 2022. C’est ça une vraie démocratie! Une multitude de partis politiques qui représentent une multitude de clivages dans la société. Bien entendu, le parti qui prend le pouvoir pour former le gouvernement représente et sert l’ensemble de ces clivages en plus de soutenir les politiques issues de son programme. Ce gouvernement a également la responsabilité de collaborer avec les autres partis politiques. Il peut même offrir au député d’un parti d’opposition un poste de ministre afin de faire une véritable coalition dans le cadre d’un gouvernement minoritaire.
Évidemment, il est possible d’imaginer un pays avec un nombre incalculable de partis politiques sans avoir toutefois un iota de démocratie. Tine (1997, p. 8) souligne par une question le problème du paroxysme du multipartisme sénégalais : «et si la multiplication des partis politiques au Sénégal avait quelque chose à voir avec la théâtralisation d’une logique unitaire?» Le multipartisme est un système où les partis politiques soutiennent l’idée de pluralité, et non le contraire.
Les partis politiques tant au Sénégal qu’au Québec auront tôt fait de s’approprier les clivages sociétaux pour magnifier leurs promesses électorales. «Il semble que les clivages qui existent ne s’appuient pas tant sur l’idéologie que sur des critères d’efficacité clientéliste et de performance électorale» (Tine, 1997, p. 26). Nous comprenons que les partis politiques au Sénégal et au Québec (Canada) offrent finalement tous la même chose malgré les clivages qui sont pourtant fondamentalement différents dans les faits, mais pareils en termes d’acception sociale que nous nous trouvions dans un état autoritaire ou démocratique.
L’Éditorrieux n’a aucun problème à inclure le Sénégal dans la catégorie des états autoritaires ou ayant un faible indice de démocratie. Le Québec (Canada) se situe dans le peloton en tête après la Norvège notamment avec un indice de démocratie croissant entre 2015 et 2020 (9,08 à 9,24) comparativement au Sénégal avec un indice décroissant pour la même période (6,08 à 5,67)1.
En conséquence, dans l’absolu, bien qu’il y ait plusieurs partis politiques, il n’y a pas nécessairement plusieurs idées que nous soyons au Québec ou au Sénégal. Au Québec, tous les partis politiques présentent des idées libérales favorisant plus ou moins l’intervention de l’état. Au Sénégal, tous les partis politiques représentent des clivages sociétaux, mais le caractère religieux des enjeux politiques ramène à l’idée d’un discours unique. Tine (1997, p. 28) écrit que : «Le multipartisme n’est pas nécessairement un critère de démocratie, encore moins un critère suffisant, car il peut n’être qu’une agitation, un folklore». L’Éditorrieux est d’avis que la répartition des richesses demeure le meilleur gage d’une véritable démocratie en santé.
Depuis la victoire de la Coalition Avenir Québec (CAQ) aux élections de 2018, le partage séculier de l’Assemblée nationale du Québec entre le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ), ou bipartisme, se transforme tranquillement en multipartisme (Bélanger et al., 2022). Le résultat de l’élection du 3 octobre 2022 permettra de mieux quantifier la tendance du multipartisme au Québec. La dépolitisation de la question nationale de la souveraineté du Québec cède la place à des enjeux fondamentaux tels que l’immigration et l’environnement (Idem). Il est souhaitable de ne pas revenir au caractère binaire qui caractérisait les résultats d’élections avant 2018.
Les principaux enjeux politiques, économiques et sociaux du Québec n’appartiennent pas nominalement un parti politique particulier. Chaque parti politique établit sa propre liste de priorité en termes d’enjeux. La campagne électorale sert à présenter cette liste qui sera transformée en agenda politique lorsque le parti politique accède au pouvoir. La première chose à vérifier une fois qu’un parti politique accède au pouvoir est l’existence ou non d’un agenda caché. C’est le cas notamment au gouvernement fédéral. Conscient que la mondialisation tout azimut n’est plus la panacée, et qu’il faille repenser le commerce international. L’agenda progressiste du Gouvernement du Canada prévoit également des politiques pour favoriser son concept de croissance économique inclusive (Paquin et Rioux, 2021).
Les enjeux politiques de la campagne électorale en vue de l’élection québécoise du 3 octobre 2022 sont davantage des revendications de pouvoirs à Ottawa que des enjeux totalement gérables au Québec. Dans le tourbillon du multipartisme et des enjeux de société mal priorisés, la force du bipartisme semble se maintenir assez solidement. Après l’élection, nous serons en mesure d’évaluer le niveau d’érosion du bipartisme au Québec. Plus il y aura un parti dominant par rapports aux autres partis, plus l’existence d’un agenda cachée sera probable.
Aux élections québécoises de 2018, la CAQ récoltait 74 sièges sur 125. Le PLQ dut se contenter de 31 sièges. Le PQ et Québec Solidaire (QS) ont tous deux obtenu 10 sièges (Bélanger et al., 2022). L’effet sur le multipartisme à observer le 3 octobre 2022 est la répartition des sièges après l’élection. Avec la présence du Parti conservateur du Québec (PCQ), l’élection du 3 octobre 2022 sera une vraie partie de chaise musicale pour déterminer le nouvel échiquier politique. Examinons un peu plus près le caractère structurel des enjeux.
L’immigration est un pouvoir fédéral même si le Québec possède un ministère qui s’occupe des nouveaux arrivants.es. De plus, le sujet de l’immigration avant les années 1990 n’est pas véritablement un enjeu comme nous le connaissons aujourd’hui (Bélanger et al., 2022). L’immigration aujourd’hui ne se limite plus aux immigrants séculiers tels que les Chinois, le Irlandais et les Italiens. Les immigrants.es proviennent désormais de multiples directions, et les gouvernements n’ont d’autres choix que de s’y adapter. L’immigration comporte trois volets importants au Québec qui concerne la relation entre l’état et les nouveaux arrivants.es: le contrôle des entrées à gérer, la langue française à apprendre et la laïcité à comprendre.
L’environnement figure parmi les priorités au point que cela ne devrait pas être une question de politique partisane, mais bien un énoncé politique universel de conservation du bien humain et des biens publics et privés. Le maintien de la production industrielle, stimulée par la publicité, permet de soutenir une consommation à outrance, ce qui réduit les probabilités de renverser la tendance négative et significative des changements climatiques. Il faut choisir entre travailler à régler les problèmes environnementaux tous ensemble ou continuer à laisser des petites groupes économiques s’enrichir en misant sur notre complaisance face à la surconsommation.
Les droits et libertés ont mangé tout une claque durant la pandémie. C’est un euphémisme! Avec les élans de nationalisme dans le Monde et les enjeux de sécurité qui priment sur l’enjeu de libre circulation, particulièrement des personnes, nous ne devrions pas nous surprendre que la démocratie puisse régresser. Déjà qu’à peine 30% des pays de la planète sont démocratiques, avec le recul actuel, le risque que l’indice global de démocratie diminue est probant.
Le logement est bel et bien un enjeu provincial. Il s’agit d’un besoin essentiel. De la manière dont les choses tournent, nous sommes nés nus, et nous le resterons. Cet enjeu devrait figurer au premier rang avec l’environnement puisqu’il est question de vivre sur une planète qui exige la satisfaction des besoins essentiels dans le respect de ce qui nous entoure.
Concernant le mode de scrutin, l’Éditorrieux est d’avis qu’il faille marquer deux x sur le bulletin de vote aux élections. Le premier x consiste à marquer le choix du ou de la député.e de votre choix pour représenter la région, même s’il n’est pas dans le parti de votre choix. Le deuxième x marque votre choix du parti politique que vous estimez efficace, démocratique et apte à diriger le gouvernement. Toutes les permutations sont possibles. Cela constituerait un pas vers la représentation à la proportionnelle. Ce n’est pas une question d’intellectualisme, mais bien un enjeu de gouverne face à la société de demain qui cogne à la porte (Lévesque, 2022).
L’éducation et la santé sont les mal aimées de la campagne électorale provinciale 2022. Pourtant il s’agit bel et bien de pouvoirs provinciaux. Les combats d’images entre les candidats et les enjeux de politiques municipales liés aux transports en commun notamment ont fait dévier le véritable débat (Gaulin et Lavoie, 2022; Lamontagne et Dion-Viens, 2022).
Maintenant qu’il y a cinq partis politiques dans la course, les très petits partis politiques (Parti vert, Climat Québec et Bloc Montréal) sont occultés (Mateu, 2022). Il y a donc fort à parier que la santé soit un enjeu polarisant. La CAQ va manifestement conserver sa position favorable à la vaccination et continuer à faire la promotion de sa gestion exemplaire de la crise sanitaire. 6000 personnes âgées ont été abandonné sur le front de cette guerre contre le virus. C’est deux fois plus de morts que l’attaque du 11 septembre 2001! La CAQ a même relayer aux oubliettes le rapport sur sa gestion de la pandémie. Il semble agréable de gouverner dans le déni.
Le PLQ, le PQ et QS sont assez polarisés du côté de la CAQ concernant l’approche sanitaire. Le PCQ s’affiche davantage dans le camp du choix individuel face à la santé. Le problème de la soumission à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) des politiques nationales en temps de crise sanitaire aura-t-elle raison du PCQ advenant son accession au pouvoir? Il y a des pays qui ont su gérer la pandémie sans brimer les droits fondamentaux. La Suède a suivi son plan, sans appliquer à outrance les mesures de l’OMS, et son bilan fait état d’une gestion efficace de la crise tout en ayant réduit les contraintes qu’une pandémie peut exercer sur la population.
Au Québec, la CAQ a fait appel à la firme McKinsey pour gérer la crise. Un gouvernement peut faire appel à des consultants, mais que ce soit eux qui finissent par diriger la province pose un problème de confiance envers le gouvernement. Le Peuple québécois semble avoir le dos large face au comportement de la CAQ. Ottawa semble avoir laisser une bonne marge de manœuvre aux provinces. Ottawa s’est chargé de financer les dépenses de la crise sanitaire, et Québec devait organiser le travail sur le terrain. La CAQ débutait un mandat en 2018, et il s’agissait de son premier mandat au pouvoir. Une crise comme la pandémie de 2020-2022 est une grosse responsabilité pour un parti néophyte au pouvoir. La CAQ a-t-elle bien fait? Ou plutôt en avait-elle trop à faire?
Un peu comme l’administration démocrate de John F. Kennedy entre 1960 et 1963, la CAQ s’est propulsée dans de nombreux défis auxquels elle ne s’était pas préparée. Kennedy a dû composer avec la Baie de Cochons en 1961, la crise de missiles en 1962, le problèmes de droits civiques, la course à l’armement et au désarmement, la course spatiale et sa réélection de 1964. Il est fort probable que tous ces enjeux aient occultés des politiques que Kennedy aurait voulu promouvoir, mais qu’à cause du temps et du contexte, ses idées sont disparues avec lui.
La CAQ s’est retrouvée dans une situation semblable. Un nouveau parti politique qui devait amener une nouvelle dynamique dans la politique québécoise a dû se soumettre au joug des organisations internationales de santé et de sécurité. Autrement dit, la CAQ a-t-elle véritablement gouverné le Québec depuis 2020? L’Éditorrieux est d’avis d’affirmer que c’est plutôt l’OMS et Mckinsey qui ont gouverné le Québec entre 2020 et 2022.
L’influence nationale et internationale de gestion de la crise a forcé un positionnement que la CAQ a intégré au point de perdre ses repères démocratiques à cause d’une part, de la possibilité de gouverner par décrets qu’offrait la situation, et, d’autre part, du véritable visage de son chef qui s’est révélé une fois qu’il goûta à l’exercice du pouvoir arbitraire. La démocratie doit nous préserver des abus. Elle a failli pendant deux ans au Québec. Il reste donc de nombreuses brèches à colmater pour refonder ses principes, et la prochaine élection nous donne l’occasion de refaire notre choix manqué en 2018. Nous avons cette fois-ci plus d’options, plus de clairvoyance et tout intérêt à renforcer le multipartisme et l’inclusion sociale.
Pour citer cet article :
Beaudet, A. (2022). Le multipartisme et les élections, L’Éditorrieux, 2(5), pp. 1-6. https://leditorrieux.com/
Mots-clefs: multipartisme, partis politiques, clivages, enjeux, élection
Références :
Bélanger, É., Daoust, J. F., Mahéo, V. A., & Nadeau, R. (2022). Le nouvel électeur québécois. Les Presses de l’Université de Montréal. https://books.google.fr/books?hl=fr&lr=&id=KGOFEAAAQBAJ&oi=fnd&pg=PT4&dq=multipartisme+qu%C3%A9bec&ots=X3VhrvKl5t&sig=xcn4DMsDE8f3mP53nFGJnutHH10#v=onepage&q=multipartisme%20qu%C3%A9bec&f=false
Gaulin, L., et S. Lavoie (2022). L’éducation, la grande oubliée de la campagne électorale?, La Tribune, Sherbrooke, 20 septembre.
Lamontagne, K., et D. Dion-Viens (2022). L’éducation, la grande absente de la campagne électorale, Journal de Québec, Québec, 21 septembre. https://www.journaldequebec.com/2022/09/21/campagne-electorale-des-enjeux-en-education-ecartes
Lapierre, M. (2019). «Des élections à réinventer» : du bipartisme au multipartisme, Le Devoir, Montréal, 19 septembre. https://www.ledevoir.com/lire/563492/du-bipartisme-au-multipartisme
Lévesque, F. (2022). Legault ne «respecte» pas «l’intelligence» des gens dit St-Pierre Plamondon, La Presse, Rimouski, 5 septembre. https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/2022-09-05/reforme-du-mode-de-scrutin/legault-ne-respecte-pas-l-intelligence-des-gens-dit-st-pierre-plamondon.php
Mateu, K. (2022). Le Parti vert, Climat Québec ou Bloc Montréal : les tiers partis sont-ils assez visibles?, La Tribune, Sherbrooke, 28 septembre. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1919818/tiers-partis-visibilite-election-quebec-vert-climat-quebec-bloc-montreal
Paquin, S., & Rioux, X. H. (2021). L’agenda progressiste et les accords commerciaux de nouvelle génération. Revue Interventions économiques. Papers in Political Economy, (65). https://journals.openedition.org/interventionseconomiques/12297
Kallaï, A. (2015). La communication de l’immigration par les partis politiques canadiens: le discours sous la double contrainte (Doctoral dissertation, Université du Québec à Trois-Rivières). https://depot-e.uqtr.ca/id/eprint/7728/1/031017371.pdf
Tine, A. (1997). De l’un au multiple et vice-versa? Essai sur le multipartisme au Sénégal (1974-1996). Polis. Revue camerounaise de science politique, (1), 3. http://classiques.uqac.ca/contemporains/tine_antoine/de_lun_et_du_multiple/de_lun_et_du_multiple.html
1https://atlasocio.com/classements/politique/democratie/classement-etats-par-indice-de-democratie-monde.php
Le marketing politique, vol. 2, no. 4
12 août 2022
Par André Beaudet
Au début des années 2000, nous prononcions l’expression «marketing politique» du bout des lèvres. Depuis, nous avons connu les campagnes électorales avec leurs publicités négatives à l’égard des partis et des chefs politiques. Aujourd’hui, le marketing politique est bien installé. Nous savons que des firmes de communications façonnent l’image des partis politiques lesquels travaillent également de concert avec les firmes de sondages pour laisser penser que le discours du gouvernement est celui de la majorité afin de magnifier son agenda.
Le marketing politique provient de l’association des disciplines du marketing et de la politique: « Political marketing is a marriage between two disciplines, containing something from marketing and something from politics » (Lees-Marshment, 2001: 693; dans Forster, 2018). Il semble que le marketing politique cherche à intégrer la philosophie, les principes, les concepts et les techniques du marketing commercial pour les appliquer au monde politique. La politique est désormais un produit et non plus un lieu physique et abstrait de délibération commune.
Foster (2018) fait de la recherche sur le marketing politique. Elle utilise la dimension du champ d’étude consacré au malaise politique, ou malaise démocratique, pour soutenir sa thèse qui identifie le marketing malaise de plus en plus utilisé par les stratèges politiques. Un malaise politique important est bien celui de la dictature de la minorité. Cela consiste à cibler dans les sondages les personnes susceptibles de réélire le premier ministre (PM). D’ailleurs, les sondages ne devraient-ils pas appartenir plus spécifiquement au monde des affaires et autres que la politique? La politique comme produit, bien que nous en soyons là, demeure un sujet controversé. Cela donne lieu à des malaises politiques en lien avec les médias. L’Éditorrieux souligne le caractère démagogique des publicités de la Coalition Avenir Québec (CAQ) qui magnifie le PM et les actions du parti notamment en ce qui a trait à la gestion de la crise du Covid-19. Foster (2018; p. 22) souligne :
Le terme « vidéo malaise » est donc remplacé, dans les années 1990, par le terme « média malaise ». Les études du General Social Survey basées sur des données de 1973 à 1996 (faisant partie du National Data Program for the Social Sciences, effectuées depuis 1972 par le National Opinion Research Center de l’Université de Chicago) montrent une corrélation positive entre la confiance portée aux médias et la confiance envers les acteurs et institutions politiques (Bennett et coll. 1999). Ainsi, une faible confiance envers les médias s’observe de pair avec une faible confiance envers les acteurs et institutions politiques. La couverture de l’actualité politique est également montrée du doigt. À ce titre, les accusations portées contre les médias sont nombreuses: couverture négative et superficielle axée sur la stratégie, vedettariat des journalistes, tentation de l’éditorial, journalisme moutonnier et carences pédagogiques (Nadeau et Giasson, 2003).
Foster (2018; p. 22)
Les gens en viennent à perdre confiance envers les médias. Ce qui facilitent les réélections à cause du bruit autour1 du message. Les leaders du gouvernement tendent à sous-estimer le cynisme et le scepticisme des électeurs et des électrices. Foster (2018) note une distinction du côté des perceptions négatives que nous pouvons avoir de la politique. Aussi, le cynisme est néfaste, car il laisse peu d’espoir à la stratégie politique d’un parti d’atteindre une personne qui entretient cette perception. Le scepticisme, bien que négatif, est une manière de reporter son jugement. Il y a donc plus d’espoir pour un parti politique de convaincre une personne sceptique versus une personne cynique.
Le marketing politique passe nécessairement par le filtre des médias. Derville (2017, p. 132) explique la dynamique que les médias empruntent. C’est-à-dire qu’ils ne nous disent pas quoi penser, mais à quoi penser. «Ce modèle de l’agenda-setting considère donc à nouveau que les médias sont capables d’exercer un impact fort sur l’opinion publique, en focalisant son attention sur un nombre limité d’enjeux : la hiérarchie des priorités qu’ils établissent est censée devenir aussi celle du public».
Le parti politique au pouvoir, la Coalition Avenir Québec (CAQ) plus précisément, utilise les médias pour faire passer son agenda à la population. Il s’assure de bien compléter son influence par des sondages favorables. Nous tombons alors dans ce qu’il convient d’appeler la dictature de la minorité. Les médias ne sont donc plus considérés comme l’image du chien de garde de la démocratie et de la liberté. Ils ont été réduits au rang de chiens qui n’aboient pas (Blocher, 2016; Foster, 2018; Latraverse, 2022).
À TVA, même à Radio-Canada, les gens interrogés par vox pop sont toujours complaisants face au gouvernement de la CAQ, tout comme les répondants aux sondages, qui semblent toujours être les mêmes. Ainsi, l’apparence d’une majorité de personnes en faveur des politiques du gouvernement cache une tactique pour légitimer l’agenda auprès de la population en général. Cette manœuvre est suivie d’une campagne de conviction basée sur l’opinion d’une minorité. La CAQ transpose le modèle de la gestion des minorités (groupes ethniques, linguistiques, luttes de genres, etc.) sur le modèle de la gestion de la majorité. Même pour les groupes surreprésentés, cela crée un malaise, vous ne trouvez pas?
Nous comprenons que le marketing politique déploie sa stratégie dans la sphère publique. Cette stratégie habituellement réservée aux membres du parti rejoint désormais l’électeur.trice par le biais de la publicité et des relations publiques (Foster, 2018). La stratégie du parti est partiellement dévoilée dans les communications publiques. C’est la dimension tactique des communications politiques. De plus en plus, avec le marketing politique qui gagne en popularité depuis le début des années 2000, la stratégie passe du côté tactique, et elle émerge telle la partie visible d’un iceberg. Avant nous nous contentions de faire de la publicité pour faire connaître le parti, alors qu’aujourd’hui les valeurs du parti et sa stratégie sont portées en raison absolue, ce qui n’est évidemment pas le cas dans la réalité (Martel et Del Duchetto, 2022).
Ce que nous venons de survoler est un exemple de marketing politique dans une perspective électorale. Il existe également un marketing politique parallèle que le gouvernement déploie à l’intérieur des institutions. Prenons l’exemple de la loi canadienne qui légalise le cannabis. Au Québec, le gouvernement de la CAQ, sous prétexte de véhiculer des valeurs québécoises de santé et de sécurité, restreint la loi fédérale, notamment en ce qui a trait au droit de faire pousser du cannabis à la maison, en interdisant sa culture.
En juin 2019, la Cour supérieure du Québec a invalidé les articles 5 et 10 de la loi québécoise C-5,3 encadrant le cannabis. Le gouvernement du Québec a porté cette décision en appel, et il a gagné, restreignant à nouveau le droit de cultiver le cannabis à la maison à raison de 4 plants.2 N’est-ce pas là déplorable? Après l’Église et Duplessis, voici que nous buvons docilement les paroles de monsieur Legault. D’où nous vient ce besoin typiquement québécois d’imputer l’incarnation de la vertu aux politiciennes et politiciens populaires et populistes? Les citoyens et les citoyennes du Québec peuvent se rassurer, la Cour suprême va se saisir de ce dossier pour en faire surgir la raison (Marin, 2022)
N’est-ce pas là un exemple de marketing politique où une minorité de personnes (agenda caché) crée l’illusion d’exprimer la volonté de la majorité? Je ne pense pas que les Québécoises et les Québécois soient majoritairement contre l’application intégrale de la loi canadienne sur le cannabis. Mais les démarches du ministère de la justice du Québec ressemblent davantage à une volonté de nous faire avaler les valeurs de la CAQ en gavant nos institutions de leurs griefs sous prétexte de mettre de l’avant la primauté du caractère distinct du Québec sans égards aux droits des citoyens ainsi limités, voire bafoués, au profit de son agenda politique.
Il semble toutefois que les gens confiants envers la politique ne soient pas préoccupés par un point négatif tel que la gouverne en fonction des minorités par opposition à une gouverne du bien commun. C’est le maquillage, la manipulation et l’embellissement de la réalité qui constituent les points négatifs les plus relevés par les participants.es d’une étude (Foster, 2018, p. 259). La dictature de la minorité se distingue de la dictature de la majorité. La rectitude politique qui s’illustre à travers le mouvement «Woke» est définitivement une forme de dictature de la minorité. Latraverse (2022) souligne que la peur des gouvernements à affronter certaines minorités pave la voie à des législations qui ne sont pas dites universelles.
La gouverne pour la minorité est ce que d’aucuns appellent la dictature de la minorité. Il faut distinguer le marché de la démocratie de la demande du marché de la démocratie de l’offre. La démocratie de la demande, c’est le modèle classique. C’est la dictature de la majorité. Les électeurs demandent des politiques qui sont élaborées et mises en œuvre en fonction des besoins et de la capacité du marché à donner satisfaction au Peuple. La démocratie de l’offre, est un modèle davantage planifié. Il est populiste et les partis politiques proposent leurs visions en termes de politiques publiques. C’est la dictature de la minorité (Chirat, 2022), et dès qu’elle «commence à imposer son droit à la majorité, nous sommes en dictature» (Blocher, 2016, p. 22).
Nous comprenons que le marketing politique est au service de la stratégie du parti politique, lequel représente les idées d’une certaine partie de la population. Ces idées tendent à s’imposer dans un agenda politique caché que nous réservons aux intérêts de la majorité. Le marketing politique s’inscrit en porte-à-faux avec la dictature de la minorité puisque leurs fondements comportent certaines similarités (Blocher, 2016; Foster, 2018; Latraverse, 2022).
La notion de malaise politique signifie imposer à la majorité un agenda provenant des griefs des minorités en légiférant pour ne pas offenser ces dernières. Nous avons vu que le malaise peut être en dehors des institutions politiques. Il nous rejoint par nos téléphones et nos écrans avec ses publicités et ses sondages douteux (Derville, 2017; Foster, 2018; Chirat, 2022. Ce malaise se transporte également au sein de nos institutions lorsque le gouvernement de la justice du Québec tente de déjouer les législations fédérales sous prétexte de se distinguer en tant que nation, mais que cela recèle en fait la volonté de placer l’agenda d’un parti politique au-dessus des intérêts communs de la nation. La Cour Suprême du Canada devrait faire entendre raison au ministre de la justice du Québec pour qu’il cesse d’influencer le Premier ministre du Québec à cautionner le gaspillage de subsides dans la structure des tribunaux pour limiter les droits des citoyens comme il est manifestement en train de le faire avec son combat juridique à propos de la loi sur le cannabis.
Le marketing politique se déploie à plusieurs niveaux et dans de multiples dimensions. Cela permet en effet de soutenir l’idée d’un marketing malaise (Forter, 2018), mais cela fait surtout beaucoup de bruit3 dans la tête des électrices et des électeurs, car cette idée provoque une confusion. L’électeur se demande : pourquoi le Premier ministre est-il si populaire alors que plusieurs comportements négatifs fusent à son égard? Pourquoi les médias traitent-ils tel sujet et pas tel autre, etc.? Il n’y a pas de réponse plus claire que celle du choix éclairé quand viendra le temps de se présenter aux urnes. Un parti politique ne cherche pas à stimuler votre esprit critique, il vise vos émotions de joie et de peur. Cela permet de faire passer le pragmatisme politique de travers dans la gorge de la démocratie. Une fois gavé de l’agenda en somme, nous perdons notre droit de délibérer de la pertinence ou de la non pertinence de certaines politiques publiques.
Pour citer cet article :
Beaudet, A. (2022). Le marketing politique, L’Éditorrieux, 2(4), pp. 1-5. https://leditorrieux.wordpress.com/
Mots-clefs: marketing politique sondage influence des médias
Références :
Blocher, C. (2016). La Suisse sur la voie vers la dictature. Discours de l’Albisgüetli, Discours de l’Albisgüetli du 15 janvier, prononcé à l’occasion du 28e Congrès de l’Albisgüetli de l’UDC du canton de Zurich au stand de tir Albisgüetli à Zurich. http://www.svp.ch/wp-content/uploads/blocher-F-SchriftlicheFassung.doc.pdf
Chirat, A. (2022). Démocratie de la demande versus démocratie de l’offre: Reconstruction et interprétation des analogies démocratie-marché. Œconomia. History, Methodology, Philosophy, (12-1), 55-91. https://doi.org/10.4000/oeconomia.12394
Derville, G. (2017). Le pouvoir des médias. Grenoble: Presses universitaires de Grenoble, pp. 130-135.
Foster, É. (2018). Une analyse des perceptions citoyennes à l’égard du marketing politique: examen de l’hypothèse du «marketing malaise», (Thèse de doctorat) Université Laval, Québec, Canada.
https://corpus.ulaval.ca/jspui/handle/20.500.11794/30187
Latraverse, E. (2022). La dictature de la minorité, Le Journal de Montréal, 4 janvier. http://www.journaldemontreal.com/2022/01/04/la-dictature-de-la-minorite
Marin, S. (2022). La culture de cannabis à la maison se rend en cour suprême, Le Devoir, 10 mars. http://www.ledevoir.com/societe/justice/684150/decision-cour-supreme-validite-articles-loi-quebecoise-cannabis
Martel, M. A., & Del Duchetto, J. C. (2022). Élection 2018: Une nouvelle étape dans la pratique du marketing politique au Québec. Canadian Journal of Political Science/Revue canadienne de science politique, 55(1), 128-149.
1https://www.lesechos.fr/idees-debats/livres/biais-et-bruit-en-economie-1329050#:~:text=Un%20biais%20se%20d%C3%A9tecte%20dans,qu’%C3%A0%20travers%20des%20statistiques.
2Https://educaloi.qc.ca/actualites-juridiques/de-nouveau-illegal-cultiver-cannabis-quebec/
3Voir note 1
Sémiologie d’un conflit, vol. 2, no. 3
15 mai 2022
Par André Beaudet
Vladimir Poutine est la Russie! Du moins, c’est l’image que nous nous en faisons. Nous avons à peine oublié l’U.R.S.S., que Poutine nous renvoie cette vieille bonne image de l’empirisme soviétique. Les notions d’empirisme et d’impérialisme n’ont plus la connotation liée à la guerre qu’elles avaient il y a cent ans. Au vingt et unième siècle, l’empirisme exprime davantage une idée économique que nous associons par exemple à la Chine. En 2001, la Chine possédait 9% du marché mondial. Aujourd’hui, on parle de 13%1.
Poutine n’est pas la Russie. Ça, le Peuple le sait, mais il se tait comme toujours. Lorsque nous remontons dans l’histoire de la Russie (et de l’U.R.S.S.), on constate que le Peuple a toujours été le martyr de son élite. Il y a toujours eu une suspicion du Peuple par rapport au pouvoir. La seule fois que le Peuple parle, c’est pour changer le régime (Révolution d’octobre 1917). Ensuite, une nouvelle élite s’installe, et le Peuple retourne dans son mutisme. La question aujourd’hui consiste à se demander si la guerre 24FU (Guerre en Ukraine 24 février 2022) est une guerre civile ou interétatique?
Considérant que l’Ukraine a fait partie de l’U.R.S.S., il y a quelque chose de fratricide dans 24FU. Toutefois, Hobbes souligne que la guerre civile conduit à un changement de régime (Grangé, 2004). Or, l’Ukraine ne veux pas changer de régime, c’est Moscou qui désire lui en imposer un. Les Ukrainiens ont voté pour l’indépendance en décembre 1991, soit quatre mois après la chute de l’U.R.S.S. Le Peuple a parlé.
Aujourd’hui en Russie, ceux et celles qui parlent contre le régime et ses actions en Ukraine sont arrêtés comme dans le bon vieux temps de l’U.R.S.S., et du régime tsariste. Notons que c’est en Russie au 19ième siècle que nous avons vu naître le terrorisme moderne comme moyen subversif. Avec un couteau ou une explosion, on peut atteindre le tyran (Ferragu, 2019).
Outre le critère voulant que le résultat d’une guerre civile conduise à un changement de régime, la guerre 24FU (24 février 2022 : Ukraine) montre un Peuple qui se bat pour défendre le régime démocratique qu’il s’est donné en 1991. Néanmoins, certaines images qui nous parviennent rappellent les scènes présentées dans les médias de la guerre civile au Rwanda en 1994, histoire de nous indigner une fois de plus. Voilà que les villes d’Ukraine sont jonchées de cadavres comme à Kigali. Marioupol ressemble désormais à Varsovie à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Pour Hobbes, l’état de nature représente l’absence de la loi. C’est la guerre civile qui va conduire à l’élaboration des lois comme compromis de garantie de sécurité interindividuelle. C’est pour Hobbes la naissance de l’état versus Jean-Jacques Rousseau qui considère plutôt l’état de nature comme étant paisible et réussissant à se détacher de l’histoire. Pour Rousseau, l’état de guerre est le mauvais commencement de la société (Grangé, 2004).
Néanmoins, en vertu du statut constitutionnel de l’Ukraine et du droit international de la guerre, il s’agit d’une guerre interétatique comportant de nombreuses ressemblances avec la guerre civile compte tenu du type de violence telles que les exactions, la gratuité des gestes posés dans le cadre d’un massacre, tous des gestes commis par les Russes et dignes des atrocités que nous avons pu voir à la télévision durants la guerre civile entre Hutu et Tutsi au Rwanda.
Pour Hobbes, dès qu’il y a des hommes et des femmes ensemble, il y a possibilité de guerre civile, ce qui signifie absence de frontières du point de vue géopolitique, ou maladie de l’état du point de vue institutionnel le temps des hostilités. Selon l’analyse sémiologique de Hobbes à propos de la guerre, la guerre interindividuelle, origine de la guerre civile, et elle constitue le modèle principal de la guerre qu’il s’agisse d’une guerre conventionnelle, civile ou subversive (Grangé, 2004). La guerre subversive est associée au terrorisme. La Russie soutient l’action de combattre le terrorisme en Ukraine en utilisant les moyens habituellement dévolus à la guerre conventionnelle. L’Éditorrieux tient à rappeler que la plupart des états de la planète doivent composer avec la menace terroriste sans pour autant déployer des moyens dignes d’un débarquement.
Toujours dans la ligne de pensée de Hobbes, il appert qu’il existe toute une typologie des guerres comme le rappelle Grangé (2004) en retenant notamment celle proposée par Jean-Pierre Derriennic2. La principale différence entre la guerre civile (historiquement appelée bellum civile ou guerre indéterminée) est le niveau de violence caractérisé par les massacres entre ethnies (génocides et viols) qui ont déjà cohabité. Pensons aux Hutus et aux Tutsis au Rwanda et aux Serbes et aux Croates en ex-Yougoslavie. La surenchère politique alimente ce type de guerre sale. Grangé (2004, par. 25) note que «Hobbes illustre le paradigme de la guerre interindividuelle par la fixité avec laquelle des gladiateurs se regardent l’un l’autre, dans une «attitude de guerre» (posture of war)et transpose cette image aux guerres étrangères». Néanmoins, il n’a pas été démontré que les guerres civiles étaient plus barbares que les guerres étrangères, bien que d’aucuns se servent de ce critère pour marquer la différence. C’est pourquoi la barbarie exercée par les Russes en Ukraine soulève un doute quant à la réelle nature de ce conflit qu’il importe de nuancer.
L’Éditorrieux s’intéresse à l’image que les Russes se font dudit conflit. Comme le discours soviétiques est demeuré présent dans la culture politique, il y a le discours russe qui atteint les personnes en bas de 40 ans, et il y a le discours soviétique qui atteint davantage les personnes âgées de 45 ans et plus. L’État est un Dragon! C’est la représentation que les Russes utilisent, particulièrement les personnes plus âgées, à l’instar des Chinois notamment, pour désigner la force et l’ubiquité du pouvoir. Bien que Vladimir Poutine eût été favorable à Internet en 2001, il a depuis changé de point de vue. Pour lui, Internet constitue la représentation de l’Occident qu’il combat (Kossov et al., 2015).
Pour l’école du structuralisme et en linguistique, Ferdinand de Saussure demeure la référence pour les études sémiologiques concernant les analyses entre langage et parole, signifiant et signifié, c’est-à-dire l’opposition entre synchronie et diachronie, et bien que pertinentes, cette approche ne semble pas adapté à l’étude de la phraséologie russe. On reproche à Saussure de s’intéresser à la parole, mais d’y omettre le sens donné à cette dernière. Il faut s’intéresser non seulement à identifier la valeur idéologique du discours, mais également ses conditions de production (Idem.). L’interdiscours, ou analyse du discours, se pose en coupure épistémologique aux analyses sémantiques et sémiologiques conventionnelles.
Cette vision théorique de l’analyse du discours permettait surtout de révéler les obstacles méthodologiques qu’il fallait surmonter pour éviter les approches «subjectives» de la phraséologie soviétique, comme celle de Michel Heller qui opposait le vrai au faux, la langue russe à la langue soviétique, une Novlangue, langue officielle d’un tiers de l’humanité, ou celle d’Alain Besançon traitant de logocratie une langue de bois capable de créer une sur-réalité d’existence exclusivement verbale, le règne du mensonge pur, ou encore celle de Françoise Thom qui prétendait traiter grammaticalement la «langue de bois», une expression journalistique, polémique, sans fondement linguistique. Dans le cadre du schéma de communication, cette notion d’ interdiscours me permettait de concevoir un discours soviétique en tant que champ de bataille où, en dehors des propos de l’énonciateur officiel, sont décelables, sous forme de shifters, selon la terminologie de Jakobson, les traces d’une voix anonyme, celle d’un autre énonciateur. Patrick Sériot, lui, percevait autre chose, les signes d’une manipulation dans le discours officiel, destinée à effacer les traces de toute tentative antérieure de contestation.
Bourmeyster dans Kossov et al., 2015, par. 6
Bien évidemment, il appert pour Poutine que le langage soviétique est celui à adopter dans sa campagne contre l’Ukraine. C’est-à-dire le langage synchronique caractérisé par le slogan et le rejet des valeurs occidentales. Ce slogan est la somme d’une censure dans le lexique et d’une réduction de la syntaxe. Le langage russe post-soviétique est plus moderne. Il considère la sphère numérique. En parallèle à l’ascension de Poutine, certains oligarques ont protégé de leurs mieux le Peuple contre le régime de la propagande en développement massivement l’Internet afin de faire contrepoids au message contrôlé véhiculé dans la presse traditionnelle russe. Somme toute, l’étude des médias en Russie implique la capacité de lire entre les lignes pour extraire du discours de Poutine les prédicatifs afin de mieux comprendre la construction d’un tel discours. Selon une étude consultée qui compare les discours de Vladimir Poutine (16 discours) et de Dmitri Medvedev (31 discours) entre 2000 et 2012, une certaine similarité a été observée dans les propos alors que dans les appuis publics, ces hommes se campent différemment sur l’échiquier politique russe (Kondratov dans Kossov et al., 2015).
Les Russes ne connaissent que la force. Cela est un fait et une constante. Les discours de Poutine suivent sa logique nostalgique de l’empirisme soviétique qu’il veut poursuivre à sa sauce. Voyez déjà il montre ses intentions envers la Moldavie, et la Pologne se croise les doigts. Les intentions de Poutine sont dignes d’une Vérité de La Palice. À tel point que la Finlande et la Suède se sont convaincues de faire leurs demandes d’adhésion à l’OTAN au plus vite. C’est à se demander si tout ce cirque n’est pas organisé par Poutine de concert avec l’Occident pour d’une part recréer la puissance soviétique, et, d’autre part, redorer la pilule de l’OTAN.
Le Gouvernement russe n’utilise pas Internet comme premier vecteur de propagande mais comme puissance de cyberattaques. Certains auteurs dans Kossov et al. (2015) ont étudié la structure des discours de Poutine. Aussi, certains discours qui sont diffusés dans le public sur Internet peuvent être une construction d’amalgames employés par Poutine sans être authentiques. Le modèle issu de l’ordre de construction habituelle des discours de Vladimir Poutine permet de soustraire d’une analyse vigoureuse certains discours qui sont en fait le produit des idées d’un fanatique qui alimente la confusion auprès de ceux qui ne possèdent pas les outils d’analyse pour valider l’authenticité d’un discours de Vladimir Poutine. Par ailleurs, Vladimir Poutine n’utilise pas Internet pour affirmer ses intentions, il utilise les médias traditionnels bien assis à sa longue table de Pinocchio.
Certains Russes semblent s’en tenir au langage russe. Le langage soviétique est suranné. L’idée de Poutine d’envahir l’Ukraine pour lutter contre le terrorisme, et limiter l’expansion de l’OTAN, revient à exhumer un verre de cristal avec de la dynamite. C’est pourquoi un doute s’installe dans la population russe. Toutefois, en discutant avec des Russes, on peut toujours discuter poésie, et ils s’y connaissent, faire allusion à la pluie et au beau temps, mais dès que le sujet du pouvoir ou du régime est abordé, une sorte de discours programmé s’active en eux de crainte du Dragon. Il faut désormais aborder le problème de la sortie de crise pour compléter la matière de cet article.
Un premier pas vers la sortie de crise s’attribue aux demandes d’adhésion à l’OTAN de la Finlande suivie de la Suède. En dépit de la proximité géographique et historique de la Finlande plus particulièrement et de la Russie, le comportement du Gouvernement russe devient un indicateur pour certains pays que la neutralité est devenue dangereuse. Cela pourrait également causer l’effet contraire. La prise de position des pays neutres en faveur de l’OTAN risque de soulever le courroux de Vladimir Poutine et de provoquer une autre escalade de violence.
Les dirigeants de notre Monde sont-ils à ce point orgueilleux qu’effectuer une véritable cassure du monde industrialisé à outrance qui les enrichit tant soit impensable? L’alimentation doit-elle continuer à dépendre du marché international? La surconsommation et du contrôle du pouvoir d’achat des masses ne rapportent pas à la population. Alors sur qui compter, si nous voulons réduire les hydrocarbures, atteindre la souveraineté alimentaire, réduire les écarts socio-économiques et atteindre la capacité de verser un salaire pour tous? Il est bien plus facile comme solution de revenir aux bonnes vieilles méthodes qui fonctionnent. La Guerre froide 2.0 cogne à la porte de l’Humanité. Les politiques de bipolarisation de la planète seront cette fois-ci plus prononcées puisque la neutralité sera désormais synonyme de danger.
Pour citer cet article :
Beaudet, A. (2022). Sémiologie d’un conflit, L’Éditorrieux, 2(3), pp. 1-6. https://leditorrieux.wordpress.com/
Références :
Grangé, N. (2004). L’état de nature, modèle et miroir de la guerre civile, Astérion, Philosophie, histoire des idées, pensée politique, (2). http://journals.openedition.org/asterion/102 ; DOI : https://doi.org/10.4000/asterion.102
Ferragu, G. (2019). L’écho des bombes : l’invention du terrorisme « à l’aveugle » (1893-1895). Ethnologie française, 49, 21-31. https://www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2019-1-page-21.htm
Ferragu, G. (2014). 2-L’invention du mythe terroriste: la Russie et ses Démons. Syntheses Historiques, 61-95. https://www.cairn.info/histoire-du-terrorisme–9782262047511-page-61.htm
Kossov, V., Thibonnier, L., Bourmeyster, A., Toujikova, V., Kondratov, A., Goloubinova-Cennet, K., & Monluçon, A. M. (2015). Discours politique et culturel dans la Russie contemporaine, Open Edition Journal, 127 pages. :http://journals.openedition.org/ilcea/2904
1https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/commerce-les-chiffres-fous-de-leconomie-chinoise-1371678
2 L’appartenance à différents types décrit mieux la guerre que des classes bien délimitées. Jean-Pierre Derriennic (Les guerres civiles, Paris, Presses de Science Po, 2001) tente une nouvelle classification : 1) guerres partisanes (guerres de religion, guerres d’indépendance des États-Unis et révolutions : motif idéologique), 2) socio-économiques (esclavage, revendications des terres, conflits de classes), et 3) identitaires (appartenances de naissance). Évidemment, une guerre civile, selon les interprétations et les éclairages, peut appartenir à deux catégories (guerre du Liban, guerre américaine de Sécession), voire se transformer en guerre quasi interétatique (guerre d’Algérie).
Le Tsar de l’U.R.S.S., vol. 2, no. 2
20 mars 2022
Par André Beaudet
Vladimir Poutine est le président du monde. Il fait ce qu’il veut. Nous nous sommes lavés les mains des affaires et des visées de la Russie depuis vingt ans, tel Ponce Pilate face au destin de la Judée. Le mot tsar est un dérivé du terme césar. Poutine agit en tsar en ce qu’il exige le même protocole que ces anciens souverains russes, et il voue une admiration à la grandeur de l’ex-U.R.S.S. D’où le choix d’un titre qui comporte des termes antithétiques opposant tsarisme qui évoque le conservatisme et U.R.S.S., le changement. Poutine a donc choisi de réunir le meilleur des deux mondes.
Le Peuple russe paie encore une fois le prix pour la démesure de son élite. Il est victime de désinformation et de répression. En U.R.S.S., il y avait le droit, mais aucun mécanisme par lequel le Peuple pouvait y recourir. Personne n’ose dire quoi que ce soit. Il y a bien eu la glasnost, mais elle n’est plus lorsque les autorités vous arrête pour avoir exhibé une page blanche, comme nous avons pu voir dans les médias électroniques qui ont obtenu des images prises lors des manifestations en Russie contre les interventions militaires en Ukraine. Le Peuple manifeste, on le fait taire. Le Peuple continue. Il exprime son désaccord face à l’empirisme que manifeste l’état-major de Vladimir Poutine. Le pouvoir n’exprime toutefois pas autant de courage que le Peuple.
Historiquement, les Russes se sont toujours méfiés des élites qui bénéficient des largesses du pouvoir. Cela remonte à une époque lointaine où les tsars usaient de doublures. Le doute également que le tsar ne soit le vrai a toujours subsisté. De nombreux usurpateurs se sont appropriés le pouvoir souverain en se débarrassant du véritable tsar. À tout cela s’ajoute les balbutiements des pogroms à la fin du 19ième siècle et le terrorisme (Girault et Ferro, 1989, pp.52-54). Nous comprenons mieux désormais la méfiance du Peuple envers les affaires de l’état.
Avec la révolution d’Octobre (révolution bolchevique, majoritaire, en opposition à menchevik : minoritaire), révolution dites aussi : Octobre rouge, l’histoire nous apprend que les concessions d’Alexandre II dans les années 1860 pour réorganiser les administrations impériales et abolir le servage n’auront pas suffi à empêcher la révolution de Lénine qui a conduit à l’abolition du tsarisme (Idem). Les réformes politiques et sociales qui suivirent ont-elles délogé l’autoritarisme et la répression? Encore une fois, le Peuple fut berné.
«Si l’Union soviétique perd l’Ukraine, elle perd sa tête», c’est ce que disait Lénine en 1922 (Ferro, 1993, p. 233). Le résultat du référendum du premier décembre 1991 proclame l’Ukraine indépendante et souveraine en vertu du droit international. La déclaration de Minsk est le document qui met fin à la configuration géopolitique de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Rappelons que le putsch à Moscou a eu lieu du 19 au 21 août 1991. Autrement dit, par rapport à cet événement, l’Ukraine a manifesté rapidement sa volonté de couper les liens avec Moscou et de procéder à sa propre destinée constitutionnelle en décembre de la même année. Toutes les tentatives de Moscou depuis pour ramener l’Ukraine dans son giron ont échoué (Ferro, 1993).
Il faudra lire des albums de Tintin pour voir des images de Kiev qui n’a pas encore croulé sous les bombes telles Londres et Berlin durant la Deuxième Guerre mondiale. Il était donc clair en 1991 que l’Ukraine ne voulait pas de la tutelle de Moscou. Nous comprenons mieux la position de l’Ukraine face à la Russie. Elle en paie chèrement le prix depuis le 24 février 2022. Si Poutine désire le blé et le charbon de l’Ukraine, pourquoi ne les achète-t-il pas? Il contribuerait ainsi à l’économie de l’Ukraine, et vice versa…
Oui, la guerre! Le bon vieux temps! Un bon vieux temps que le Peuple russes désire moins que leur Tsar de l’U.R.S.S. L’Éditorrieux est d’accord pour dire qu’à ce compte, nous sommes dans un bien mauvais James Bond!
Bien que Moscou ait toujours continué ses efforts pour rapatrier l’Ukraine, il demeure que la graine de l’indépendance se nourrit d’événements qui consolident sa réflexion. À la suite de la catastrophe de Tchernobyl le 26 avril 1986, les Ukrainiens.nes commencent à prendre conscience du problème que pose le pouvoir central. Il se développe alors en Ukraine une conscience environnementale en réaction à l’explosion de la centrale nucléaire.
Dans l’U.R.S.S., au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les républiques furent divisées en fonction de facteurs religieux et linguistiques notamment, voire nationalistes. Cela fonde à propos la résistante à Moscou se voulant ouverte à la pluralité et au choix de l’Ukraine à l’autodétermination de son Peuple. Avec l’élection de Leonid Kravtchouk en 1989, succédant ainsi à Vladimir Chtcherbitski, se crée une citoyenneté ukrainienne dans un cadre constitutionnel soviétique ayant perdu de sa fermeté. Cela permet au Peuple de faire respecter son choix dans les urnes (Idem, pp. 233-246). Kravtchouk contribua à faire reconnaître notamment les frontières entre la Russie et l’Ukraine dans un référendum tenu le 17 mars 1991 sur le maintien avec l’Union lequel était organisé par Moscou en Ukraine.
Deux questions furent posées. Une première question posée par le Kremlin à propos du renouvellement de l’Union fédérale, et une deuxième question posée par l’Ukraine à propos de la nature de l’Union. Kravtchouk a demandé au Peuple de répondre oui aux deux questions. Moscou a bien sûr fait de la propagande sur la première question occultant la deuxième. 70% ont choisi la proposition du Kremlin, et 80% ont voté pour la question de l’Ukraine. Ce référendum a conduit le Peuple d’Ukraine, dont Kravtchouk utilisa le résultat pour légitimer ses démarches, au vote du 1er décembre 1991, jour de l’indépendance approuvée par 84% des votants montrant 90,3% de légitimité pour la souveraineté nationale (Bremmer et Taras, 1993, p. 82). Tout ce qui reste aujourd’hui, c’est la poésie de Tarass Chevtchenko. Knyhi Bytia ukrainskoho naroda, une œuvre invitant à l’éveil national de l’Ukraine écrite en 1846 par un groupe de jeunes intellectuels (Girault et Ferro, 1989, pp. 10-11). L’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022 met définitivement fin au rêve de convivialité russo-ukrainienne.
L’Éditorrieux tient à démonter l’argument de Vladimir Poutine voulant qu’il faille dénazifier l’Ukraine. Le journal ne croit pas qu’il subsiste une influence nazie assez influente en 2022 pour justifier une guerre. Il faut remonter à la Deuxième Guerre mondiale pour faire un lien entre les nazis et l’Ukraine. En 1941, le nationalisme ukrainien prend de l’ampleur en s’opposant particulièrement au mouvement bolchevique. Ce nationalisme est davantage présent en Ukraine occidentale. Les nationalistes pilotés par Stepan Bandera s’allieront aux nazis pour lutter contre l’impérialisme moscovite bolchevique. Stepan Bandera proclamera à Lvov un état ukrainien. Cette alliance est vouée à l’échec puisque les Allemands veulent faire de l’Ukraine une colonie. Le désir d’indépendance doit donc passer par le rejet du nazisme et adopter une attitude docile face à Moscou avant de reprendre le flambeau de l’indépendance. Entre temps, certains Ukrainiens occidentaux et certains Baltes ont connu, plus que d’autres Peuples soviétiques, le Goulag pour avoir évoqué leur désir de liberté (Ferro, 1993, p. 242).
Nous n’en sommes pas rendus à l’éclatement des alliances comme ce fut le cas où l’assassinat de François-Ferdinand d’Autriche; héritier du trône de l’Empire austro-hongrois; et de sa femme; par un fanatique nationaliste serbe le 28 juin 1914 à Sarajevo, provoqua une étincelle qui engendra la Grande Guerre (Première Guerre mondiale) qui mit le feu à l’Europe du 24 juillet 1914 au 11 novembre 1918.
Dans le cas de la guerre en Ukraine en 2022, les alliances internationales ne semblent pas sur le même qui-vive qu’à l’aube de la Grande Guerre. Poutine n’a plus besoin de convertir ses alliés au communisme comme au temps de Staline et ses premiers successeurs. Il mise sur les conservatismes des nations. Il s’allie aux dictateurs et aux autocrates pour contre-carrer les aspirations démocratiques des Peuples choisis dans sa stratégie d’expansion de l’économie russe.
Le cas du Brésil est intéressant. Le Président du Brésil, Jair Bolsonaro, semble bien s’entendre avec Moscou (AFP, 2022a), mais bien que clamant sa neutralité, il a besoin de potassium russe. Il va donc faire avancer ses projets de mines dans les terres indigènes d’Amazonie pour maintenir active son industrie agricole (AFP, 2022b). Un coup dur sur l’environnement du Brésil, mais un bon coup pour la Russie qui bénéficiera de cette exploitation le temps de remettre sa propre économie sur les rails. Pendant ce temps, il exploitera les richesses de ses alliés. La stratégie russe est en cours depuis plus longtemps que nous le pensons. Il y a déjà des militaires mobilisés depuis des mois dans les États baltes. L’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) assume tout de même une défense sur les fronts Nord et Ouest qui constituent ses principales préoccupations. La Russie procède à un encerclement des Forces de l’Ouest. La grande région asiatique apparaît consolidée. Le Sud de l’Afrique et le Sud de l’Amérique du Sud offrent déjà des points alliés à la Russie sur le front Sud.
Il faut comprendre le véritable danger. La vulnérabilité de la démocratie risque de nous tasser dans un coin. L’Éditorrieux réitère le fait que seulement 30% des États du Monde sont démocratiques. Un pays comme la Turquie est inclus dans ce pourcentage. Cela montre que la démocratie ne fait pas aussi bon ménage que le libéralisme économique au sein des Peuples, à tout le moins de leurs dirigeants, sur notre bonne vieille planète Terre.
L’Ukraine ne fait pas vraiment partie de grandes organisations internationales. Même au sein de la PECO (Pays d’Europe centrale et orientale), ce ne sont pas tous les membres qui reconnaissent l’Ukraine (Tulmets, 2017). De plus, les réserves de l’OTAN à intervenir soulèvent quelques questions sur la valeur géostratégique de l’Ukraine. Sans doute que les visées de la Russie sur l’Ukraine éloignent tous pays ou toutes organisations de craintes évidentes de représailles pouvant être subies par un allié potentiel. Il appert que l’Ukraine soit le premier pays à conquérir d’une longue série pour la Russie. D’où probablement quelques regrets de la communauté internationale de ne pas avoir apporté un appui plus tôt à l’Ukraine. Pensez à la Pologne et à la Moldavie qui sentent la menace venir sur eux. Ce n’est pas juste une question d’être membre ou pas de l’OTAN, mais de savoir s’il faut intervenir partout où la démocratie est présente juste avant une invasion.
La menace nucléaire pose un problème d’action. En principe, nul ne doit en venir à cette étape ultime dans un conflit. Mais le simple fait d’évoquer la menace empêche les parties de contre-carrer les avancées militaires de Poutine de peur qu’il soit sérieux et enfreigne le principe de la dissuasion nucléaire. En partant du fait que nulle partie n’emploiera l’arme nucléaire en dépit des menaces, cela permet à l’OTAN de montrer un peu plus les dents face à la Russie. Dans la réalité, nous semblons être pris dans un cercle vicieux qualifié de mauvais équilibre de Nash. Comment peut-on gagner aux échecs en étant un mauvais joueur? Autrement dit, le joueur qui respecte l’entente, ici l’OTAN, c’est-à-dire qui ne défie pas Poutine, risque de se retrouver dans une mauvaise posture (Yildizoglu, 2011; Boyer, 2022). La sortie de crise et le compromis pourraient rendre le jeu plus digne d’un équilibre de Nash où les parties agissent avec raison, et pour le bien être désintéressé de la société internationale.
Désolation, morts et destructions inutiles sont les termes pour désigner les faits depuis le 24 février 2022 en Ukraine. Le cas de l’Ukraine montre que le Monde peut vaciller alors que nous pensions ne plus connaître la guerre. Où peut aller l’Humanité si elle conserve la guerre comme seul moyen de refaire l’équilibre mondiale? La démocratie est en voie de ne plus être promue. Elle commence déjà à être délaissée par certains pays comme le Canada, particulièrement au Québec, où le parti politique Coalition Avenir Québec gouverne par décrets successifs depuis le 13 mars 2020. La crise en Ukraine ne serait-elle pas en fait le microcosme de la crise en Occident? Qui s’exprime par du Ponce Pilatisme, de la corruption, du lucre entretenu par les oligarques et les dictateurs, du pouvoir sur les foules par le contrôle des médias et que sais-je? Notre propre vanité de luxure! La preuve est que le creuset des classes sociales se vident au profit d’une pensée unique très agaçante.
En fait, ce n’est pas si compliqué. Depuis 1989, chute du Mur de Berlin, 1991, chute du système politique soviétique et aujourd’hui, nous étions finalement dans la période de gestation d’une nouvelle forme de clivage géopolitique. Nous nous croyions libérés de la logique guerrière. Quelle naïveté! Nous sommes en fait passés d’un système de dissuasion nucléaire ancré dans une logique de partage bipolaire du monde Est-Ouest à une forme plus complexe multipolaire caractérisée par une menace nucléaire modulée. Nous assistons en ce moment à l’avènement des nouveaux axes Ouest-Nord versus Est-Sud. Le Léviathan cherche à émerger, et il croit avoir trouvé son hôte en la personne du Tsar de l’U.R.S.S. par qui il exercera sa domination totale. L’Éditorrieux pense plutôt que Small is Beautyful (Schumacher, 1985; Schumacher, 2011)!
Pour citer cet article :
Beaudet, A. (2022). Le Tsar de l’U.R.S.S., L’Éditorrieux, 2(2), pp. 1-6. https://leditorrieux.wordpress.com/
Références :
Agence France Presse (2022a). Poutine salue les liens avec le Brésil en pleine crise ukrainienne, Le Soleil, 16 février. https://www.lesoleil.com/2022/02/16/poutine-salue-les-liens-avec-le-bresil-en-pleine-crise-ukrainienne-8b675bc574a0d5a93141543158db114d
Agence France Presse (2022b). Brésil : Bolsonaro veut des mines en Amazonie faute d’engrais russes, Journal de Montréal, 2 mars.
Boyer, M. (2022). La responsabilité d’une diplomatie défaillante, La Presse, 17 mars. https://www.lapresse.ca/debats/opinions/2022-03-17/guerre-en-ukraine/la-responsabilite-d-une-diplomatie-defaillante.php
Bremmer, I. et Taras, R. (1993). Nations & Politics in the Soviet Successor States, Cambridge University Press, 557 pages.
Ferro, M. (1993). L’État de toutes les Russies : les états et les nations de l’ex-URSS, Paris, Les Éditions de la Découverte, 446 pages.
Girault, R. et Ferro, M. (1989). De la Russie à l’U.R.S.S. : L’histoire de la Russie de 1850 à nos jours, Paris, Éditions Nathan, 256 pages.
Schumacher, E. F. (1985). Small is beautiful. Rowohlt Taschenbuch Verlag. http://www.rmutphysics.com/charud/oldnews/227/small.pdf
Schumacher, E. F. (2011). Small is beautiful: A study of economics as if people mattered. Random House. http://www.rmutphysics.com/charud/oldnews/227/small.pdf
Tulmets, E. (2017). Les inflexions de la politique étrangère des pays d’Europe centrale et orientale après la crise en Ukraine, Les Champs de Mars, 29, 139-173. https://doi.org/10.3917/lcdm.029.0139
Yildizoglu, M. (2011). 3. Équilibre de Nash (1951). Dans : , M. Yildizoglu, Introduction à la théorie des jeux: Manuel et exercices corrigés (pp. 33-59). Paris: Dunod.
Le marché de l’emploi, vol. 2, no. 1
17 février 2022
Par André Beaudet
Plusieurs facteurs influencent le marché de l’emploi dans une période de notre existence qui semble charnière. La pandémie de Covid-19, les changements technologiques, ceux environnementaux, l’inflation, la critique de la propriété des moyens de production, celle des échelles de productions, et la liste peut continuer. Il reste que les emplois sont disponibles, mais aucune main-d’œuvre pour y pourvoir. Pourquoi?
Les gens semblent disposés à occuper encore quelques emplois basiques, mais à quel prix? Il faut faire raisonner trompettes et tambours pour les attirer. Il faut supprimer certains critères de sélection, sans quoi personne ne répondra à l’offre d’emploi. Le pragmatisme s’impose dans le recrutement au détriment des règles habituelles de dotation. Les élus le font, particulièrement au palier municipal, alors les individus et les entreprises se voient en droit d’en faire autant pour se maintenir sur le marché.
L’Éditorrieux a étudié la notion de pragmatisme dans plusieurs publications en 2021. Ce pragmatisme est étudié dans la perspective de contournement des principes exécutifs démocratiques. Le pragmatisme ne rejette pas l’idée même de la démocratie, mais il contourne ses mécanismes souvent trop lents à réagir aux opportunités d’affaires, qu’il faut parfois attraper au vol. En revanche, ces mécanismes exécutifs démocratiques lents, ne permettent-ils pas en même temps de filtrer les projets trop enthousiastes, et qui pourraient s’avérer douteux?
Les restaurants utilisent de plus en plus les robots et les humanoïdes pour servir aux tables ou pour tenir les chambres d’hôtels, puisque les gens ne veulent plus occuper ces emplois sans être mieux payés. Aujourd’hui, les gens rejettent certains emplois, laissant les employeurs dans un embarras logistique (Génois Gagnon, 2021). La loi de la normale va naturellement renverser la situation. La courbe de non-rétention des emplois ne peut pas monter de manière quadratique ad vitam aeternam. La courbe va s’inverser à un certain niveau, et les emplois ne seront plus disponibles, ou plutôt abolis. La technologie aura comblé les besoins de services autrefois dispensés par un homme ou une femme. Les changements de comportements auront tôt fait de faire disparaître les entreprises qui ne sont plus créatrices des nouveaux besoins et des nouvelles richesses.
Bastiat (1869) dirait que l’Éditorrieux vient de traiter de ce que l’on peut voir. Mais qu’est-ce qu’on ne voit pas dans le marché de l’emploi qui se cache derrière cette disponibilité des emplois non-comblés? Qui plus est, cette situation qui se passe à l’aube de la multiplication des humanoïdes! Il est étrange de constater que les travailleurs.es ne se sentent pas plus menacés.es que ça par les robots.
Les hamburgers cuisinés par les machines sur le site des Jeux Olympiques de Beijing 2022 sont-ils mauvais par ce qu’ils sont produits par une machine, où sont-ce les Chinois qui n’y connaissent rien aux hamburgers, et par conséquent, ils ont mal programmé la machine? D’aucuns diraient que la machine eut dû savoir comment cuisiner un hamburger nonobstant la culture culinaire des programmeurs.es ou le fait qu’ils ou elles consomment peu ou pas de hamburgers.
Aujourd’hui, des diplômés universitaires doivent se contenter d’un salaire souvent maigre comparé à un opérateur de grue. Certaines personnes sans diplôme rechignent même qu’ils ne sont pas assez payés. L’Éditorrieux est curieux de savoir ce qui arrivera avec ces derniers lorsque certains emplois manœuvres (mais qui représentent tout de même une proportion importante de la force de travail national) n’existeront plus? Qu’est-ce que nous ne voyons pas pour ces travailleurs dans le futur, pour revenir à Bastiat, et en réponse au problème de la disparition de certains emplois? Le meilleur avenir à court terme de cette main-d’œuvre en voie de disparition consiste, selon l’Éditorrieux, à transmettre leurs savoirs aux humanoïdes.
En 2018, la Banque du Canada estimait que la hausse des investissements, dans les jeunes entreprises notamment, allait contribuer à soutenir la croissance de l’emploi dans un contexte de virage numérique où l’inflation et la pandémie de Covid-19 étaient encore loin de poindre. La Banque était optimiste[1]. En 2021, la Banque du Canada souligne l’incertitude du marché de l’emploi, bien que l’économie offre des possibilités de capacités excédentaires. La Banque du Canada prétend que d’avoir su tenir un politique monétaire basée sur une inflation maintenue sous la barre des 2% (fourchette de 1% à 3%) depuis sa création en 1991[2] a permis de réduire les impacts négatifs sur la circulation des biens aujourd’hui. La Banque est moins optimiste pour 2021-2022.[3] Comme si nous avions constitué un crédit inflationniste. L’Éditorrieux en doute.
Dans certains pays et états, comme en Algérie et au Québec, où les confinements ont été plus longs, il s’est créé un déséquilibre entre l’offre et la demande. Combiné à l’inflation, ce déséquilibre bouleverse la chaîne logistique et par conséquent les habitudes de consommation. D’aucunes couches de la société, c’est-à-dire les individus contribuant à l’économie formelle et l’économie informelle, où dans cette dernière les chômeurs.es et les jeunes représentent le principal réservoir, ont reçu un soutien, notamment au Québec où, de plus, l’appui aux familles par des politiques destinées aux familles et la résiliences de ces dernières ont permis, somme toute, d’être mieux disposé pour passer à travers la pandémie, malgré l’arrêts de plusieurs services de gardes et d’encadrement scolaire (Mathieu et Tremblay, 2021).
Les entrepreneurs.es œuvrant dans le public et certains travailleurs.es autonomes y trouvent moins leurs comptes au sortir de la pandémie. En Algérie, l’économie est fortement dépendante du travail formel. Le pays a donc été décidé d’intégrer certaines dimensions de l’économie informelle, sans cautionner les activités illégales, car il demeure que les économies parallèles sont plus présentes et performantes dans les pays en voie de développement, en réaction aux injustices et aux exactions, or il vaut mieux les considérer que les ignorer pour insuffler du carburant à l’économie (Hassib et Belarbi, 2020).
L’héritage de la pandémie, particulièrement pour les jeunes, aussi bien au Québec qu’en Algérie ou en Espagne, est un marché de l’emploi instable qui soumet les travailleurs à la mobilité. Les salaires ne vont pas exploser de sitôt, et on demandera de plus en plus de compétences liées aux nouvelles technologies numériques. L’éducation demeure la clé du développement. Elle prévient des exploitations inégales et effrénées, augmente le pouvoir exécutif des lois et offre un cadre de vie urbaine et rurale sécuritaire (Sevillano-Monje, González-Monteagudo et León-Sánchez, 2022). L’Éditorrieux croît qu’après l’éducation, il faut valoriser les emplois. Sans quoi, le pouvoir du profit aura tôt fait de nous réasservir à notre petit salaire en dépit de nos études supérieures, sauf pour une minorité ayant accès à plus de revenus.
D’aucuns tirent la conclusion que la pandémie a exacerbé les ratées structurelles des institutions québécoises déjà présentes avant la pandémie. Les inégalités se sont multipliées. Les emplois formels liés aux activités du gouvernement ont mis à bas les emplois tout aussi formels dans le privé, marché où se trouve principalement les emplois occupés par les jeunes (Alberio et Tremblay, 2021). Selon le Canadian Medical Association Journal, l’état doit aider les groupes de la société qui ont été les plus éprouvés par la pandémie par des politiques sociales élargies. La plupart des groupes victimes d’ostracisation sociale ont vu leurs inégalités exacerbées (Persaud et al., 2022).
Une étude sur l’Union européenne menée par Perrut (2022) souligne que la volonté politique sera un des principaux facteurs de réussite de la relance économique après la pandémie. Le modèle de relance pour l’Europe peut convenir au Canada par exemple. Il faut savoir qu’il en coûte l’équivalent du PIB annuel pour un tel plan de préférence quinquennal. Un tel plan inclut une réflexion sur l’augmentation du financement de l’innovation de rupture (nouvelles énergies, nouveaux moyens de transport) pour créer les emplois de demain. Le plan est axé sur trois grands objectifs. Il présente le besoin de faire converger les économies et les redressements de l’Union européenne. Il faut effectuer cette cohérence avec les états membres. Ensuite, le plan préconise de conduire les transitions environnementales et numériques dans une perspective de développement durable. Le troisième volet souligne l’effort particulier pour lutter contre l’exclusion sociale.
L’Éditorrieux comprend que le caractère incertain des perspectives économiques, particulièrement en termes d’emplois, exige beaucoup de leadership de la part des décideurs et des financiers. Le Forum économique mondiale[4] tire dix leçons de la pandémie pour définir les moyens à prendre dans la nouvelle économie. La pandémie a d’abord montré que les gens peuvent s’adapter, mais qu’en même temps, des mesures trop strictes entraînent des coûts sociaux sur la santé mentale notamment. Ensuite, il est difficile de prédire les désirs ou objectifs de consommation des personnes. Tout comme le capitalisme qui ne peut pas être planifié, cela va de soi.
L’étude poursuit avec la quatrième leçon qui soulève le problème des inégalités sociales qui se creusent de plus en plus. De plus, la pandémie n’a pas stimulé un boum de naissances. Au contraire, les gens ont pour la plupart retardé le projet d’être parent. Ce qui pour l’Humanité représente un problème de déclin des naissances. L’étude remarque que nous sommes de plus en plus retranchés sur nous-même, comme des insulaires. Une démondialisation s’est amorcée. La confiance envers la science et les politiciens s’est tournée vers les médecins. La raison d’état a notamment changé. Les questions sanitaires ont envahi l’espace publique et politique. Cela a changé l’agenda. Le risque face à la gestion d’une pandémie constitue un nouvel enjeu pour l’état qui doit éviter de perdre le contrôle durant ce type de crise. La dernière leçon englobe tout ce qui vient d’être avancé grâce à l’exercice d’un bon leadership face à autant d’incertitudes pour l’économie, l’environnement, et bien sûr, pour l’emploi.
Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), cela prendra plusieurs années avant de retrouver un niveau d’emploi en croissance. Le nombre des chômeurs, dans les pays membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU), est passé de 186 millions en 2019 à 207 millions en 2022. Le déficit d’emplois des deux dernières années nécessite une réponse politique et économique prompte à exercer la création massive d’emplois de qualité pour renverser la tendance (Larson, 2022).
Le grand défi des recruteurs est la rétention des employés.es. Les travailleurs.es utilisent leur position de force sur le marché actuellement, et ils font du magasinage. Ils passent d’un emploi à un autre, comme on change de ligne de métro, allant vers le plus offrant sans vergogne. Il appert que la fiabilité d’un ou d’une employée constitue une qualité recherchée. Un bon rendement et un bon comportement complètent le tableau des qualités souhaitées des employés.es dans lesquels sont mis des efforts de rétention.
Quelles sont les perspectives économiques pour les travailleurs? Il y a encore bien des écueils. La sortie de pandémie est plutôt incertaine en termes de temps et de moyens. L’inflation réduit le pouvoir d’achat des classes pauvres et moyennes. Sans oublier la menace de guerre qui plane au-dessus de l’Ukraine. L’Éditorrieux consacrera son prochain numéro à la situation en Ukraine à moins que le casus belli provoqué par la Russie, en déplaçant, soi-disant pacifiquement, des troupes aux frontières et sur mer, ne vire à l’état de non-paix appelé : Guerre!
Pour citer cet article :
Beaudet, A. (2022). Le marché de l’emploi, L’Éditorrieux, 2(1), pp. 1-6. https://leditorrieux.wordpress.com/
Références :
Alberio, M., & Tremblay, D. G. (2021). Covid 19: Quels effets sur le travail et l’emploi?. Revue Interventions économiques. Papers in Political Economy, (66). https://journals.openedition.org/interventionseconomiques/14725
Bastiat, F. (1869). Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas ou l’économie politique en une leçon, Paris, Librairie de Guillaumin et Cie, 4ième édition, 63 pages. https://books.google.ca/books?hl=fr&lr=&id=wwI-AAAAcAAJ&oi=fnd&pg=PA4&dq=fr%C3%A9d%C3%A9ric+bastiat&ots=EJIH0oqJA3&sig=Ufahm5iv4w3sVI4ViqreovU-JTU&redir_esc=y#v=onepage&q=fr%C3%A9d%C3%A9ric%20bastiat&f=false
Génois Gagnon, J.-M. (2021). Pénurie de main-d’œuvre : l’embauche a pris des airs de Far West, Journal de Québec, 20 novembre. https://www.journaldequebec.com/2021/11/20/penurie-de-main-doeuvre-lembauche-a-pris-des-airs-de-far-west
Hassib, E., & Belarbi, P. A. (2020). Les répercussions de la pandémie Covid-19 sur l’emploi informel en Algérie, Université de Saida, Algérie. https://www.asjp.cerist.dz/en/downArticle/183/16/1/144347
Larson, N. (2022). La pandémie continue de faire des ravages sur l’emploi, La Presse, 17 janvier. https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2022-01-17/la-pandemie-continue-de-faire-des-ravages-sur-l-emploi.php
Mathieu, S., & Tremblay, D. G. (2021). L’effet paradoxal de la pandémie sur l’articulation emploi-famille: le cas du Québec. Revue Interventions économiques. Papers in Political Economy, (66). https://doi.org/10.4000/interventionseconomiques.14234
Persaud, N., Woods, H., Workentin, A., Adekoya, I., Dunn, J. R., Hwang, S. W., … & Werb, D. (2022). Recommandations pour une reprise équitable après la pandémie de COVID-19 au Canada. CMAJ, 194(2), E60-E72.
Perrut, D. (2022). La relance européenne post-Covid face aux enjeux des transitions et de l’équité, Confrontation Europe. https://www.confrontations.org/wp-content/uploads/2022/01/La-relance-europeenne-post-Covid-D.-Perrut-Confrontations-Europe.pdf Sevillano-Monje, V., González-Monteagudo, J., León-Sánchez, M. (2022). Les conséquences de la crise sanitaire sur la formation et l’accès à l’emploi des jeunes en Espagne. Comparaison Plurielle : formation et développement, 2021-2022/1, nº 5, 55-62, sous la dir. de Pascal Lafont et Marcel Pariat, Maison d´édition Connaissances et Savoirs. https://www.researchgate.net/profile/Jose-Gonzalez-Monteagudo/publication/357717730_Les_consequences_de_la_crise_sanitaire_sur_la_formation_et_l’acces_a_l’emploi_des_jeunes_en_Espagne/links/61dc7d4e4e4aff4a64315ad8/Les-consequences-de-la-crise-sanitaire-sur-la-formation-et-lacces-a-lemploi-des-jeunes-en-Espagne.pdf
[1] https://www.banqueducanada.ca/2018/03/marche-emploi-aujourdhui-avenir-travail/
[2] https://www.banqueducanada.ca/grandes-fonctions/politique-
monetaire/#:~:text=Adopt%C3%A9e%20en%201991%2C%20elle%20est,de%20direction%20de%20la%20Banque.
[3] https://www.banqueducanada.ca/2021/11/incertitudes-marche-travail-politique-monetaire/
[4] https://www.weforum.org/agenda/2022/01/ten-covid19-lessons-from-the-pandemic-ipsos/
La pandémie, vol. 1, no. 8
18 décembre 2021
Par André Beaudet
C’est avec une grande joie que je vous souhaite de passer de très heureuses fêtes! Je vous souhaite également une très bonne année 2022, pleine de santé et de réalisations! Notez que l’Éditorrieux fera relâche en janvier 2022. Votre journal sera de retour en février 2022.
Il me fait plaisir de consacrer le dernier numéro de l’année 2021 à un véritable éditorial incisif sur les faits et la réaction des dirigeants face à cette pandémie qui occupe nos pensées, fondent nos peurs et nous dépossèdent de tout espoir depuis presque deux ans. Je savais bien en mars 2020 que nous serions pris peut-être longtemps dans ce marasme, tout en trouvant difficile d’imaginer perdre deux ans d’une vie. Notre résilience nous fait passer à travers, chaque jour suffit sa peine… Je rappelle que la Belgique a réussi à se diriger sans gouvernement fédéral entre le 21 décembre 2018 et le 30 septembre 2020.
Personne ne s’imagine de vivre dans un régime politique différent pendant deux ans, du jour au lendemain, même pour une situation comme la pandémie. La Belgique s’est gouvernée par consensus pour régler une crise du pouvoir. Au Québec, nous luttons contre une pandémie par décret. Maurice Duplessis et le Cardinal de Richelieu se sont incarnée en François Legault, et lui-même en Robespierre.
Nous vivons dans un système politique fondé sur le droit et les principes démocratiques dans le cadre d’une économie libérale. Le Peuple québécois est à la fois libre et résigné, il est à la fois fort et faible. C’est ce qui permet à notre élite de substituer la politique à la bonne morale du paternalisme d’état, comme nous nous laissions mener autrefois par la religion avant la Révolution tranquille. Il semble que nous conservions notre besoin d’avoir un bourreau! Mais en dépit de la facilité du Peuple québécois à courber l’échine, il reste que nous n’avons pas le droit d’autodétruire nos droits et libertés sans consensus, sans poser un regard critique.
Que savons-nous des pandémies? Historiquement, bien que nous ayons appris à vivre avec ces phénomènes sporadiques, ils demeurent toutefois mystérieux. Qu’il s’agisse du mal mystérieux durant la Guerre du Péloponnèse que décrit Thucydide ou de la pandémie que nous vivons actuellement, les troubles psychologiques et économiques vécus en 430 av. J.-C. et aujourd’hui sont curieusement semblables. Intéressant de constater que les pandémies surviennent subtilement durant les guerres. Pensez à la fièvre des tranchées durant la Première et la Seconde Guerre mondiale. À son époque, la Guerre du Péloponnèse était un conflit mondial.
Les guerres et les pandémies servent à faciliter les grands transferts de fortunes. Le contexte politique et économique en 2019 atteignait un apogée que seule une guerre pouvait régler. Toutefois, il n’y avait pas de motif suffisant pour entrer en guerre mondiale. La pandémie suffirait à assurer le transfert des fortunes de coffres des états du monde vers les banques des propriétaires de ce dernier qui ont opté pour une guerre économique, et non militaire, sur fond de pandémie. Étudiez l’histoire des empires et des royaumes, et vous constaterez que le contrôle du monde s’effectue par la guerre et la peur dont le résultat est une concentration du capital et un changement de pôle des bénéficiaires du pouvoir qui gravitent autour dudit capital.
Que savons-nous des pandémies? Si ce n’est que plus le virus est virulent, tels que Ébola, Hantavirus ou la fièvre de Lassa, moins il se propage largement dans la population. La rapidité du développement de la maladie entre l’apparition des symptômes et la mort permet de suivre et d’isoler les cas assez rapidement, et j’ose ajouter adéquatement. L’enquête épidémiologique est intrinsèquement plus apte à suivre de tels virus. Quant aux virus comme l’Influenza ou le SARS-COV-2, la propagation rend la traçabilité plus difficile, puisque le développement de la maladie se produit sur une plus longue période, et les cas graves sont rares.
En fait, ce que nous avons appris de la pandémie, c’est que curieusement tout ce que nous savions des virus avant ne compte plus. La science et la loi sont muselées et instrumentalisées au profit des grandes sociétés capables de faire bouger les gouvernements de la planète comme des pièces sur un jeu d’échec. Le pouvoir se déplace, le capital se concentre…
Mars 2020, c’est la peur du chaos. Qu’arrivera-t-il? Et le travail, et l’école, et se nourrir… Au Canada, cette confusion a tout de suite été dissipée par le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux. Un soutien financier sera assumé par l’état. C’est ce qui allait laisser la place au confinement, le temps de comprendre ce qui se passe et pour prendre des décisions tandis que les gens sont protégés en restant à la maison. Le calme revenu, les Québécoises et les Québécois entrent dans une ère de léthargie collective. C’est la période de docilité du peuple.
Les questions commencent à fuser. Les gens se demandent pourquoi la Suède agit de telle manière, les États-Unis d’une autre. On se demande pourquoi l’Organisation mondiale de la santé n’a pas de plan clair et établi? On se demande aussi pourquoi peu importe les méthodes choisies dans chaque pays, les courbes de contamination, de décès et de cas sont semblables? On cherche encore en ce moment un consensus sur la gestion d’une pandémie. L’hygiène, la distanciation physique et le confinement ne sont-ils pas les moyens séculiers de lutter contre une épidémie? Pourquoi serait-ce différent aujourd’hui? La peur est une variable constante. Qui contrôle la peur contrôle le peuple.
Décembre 2020 commence la course aux vaccins. C’est la collaboration mondiale des scientifiques. Il faut remonter à la Seconde Guerre mondiale pour voir une telle coopération entre la communauté scientifique, les gouvernements et les grandes entreprises. Tel l’avènement de la synthétisation de la pénicilline dans les années 1940, le développement des vaccins en 2021 est issu des mêmes efforts collectifs.
Le problème des vaccins est qu’ils créent un faux sentiment de protection. Les gens oublient qu’un vaccin n’empêche pas d’attraper un virus. Il amoindrit les effets dévastateurs de la maladie, et il ne réduit pas la transmission de la maladie. C’est la même chose pour la Covid-19. Avons-nous vraiment besoin de plusieurs doses? C’est là que la politique vole la vedette à la science. Un vaccin comme celui contre la fièvre jaune peut être valide toute une vie. Un vaccin contre la grippe peut vous protéger plusieurs saisons. Pourquoi, encore une fois, cela serait-ce différent dans le cas de la pandémie de Sars-Cov-2 qui a débuté en 2019 et qui se poursuit encore en cette fin d’année 2021?
Soyons normatifs et posons que si nous avions administré une dose de vaccin à tous les habitants de la planète, le plus possible en même temps, cela aurait permis de ralentir les dégâts durant le voyage du virus. En vaccinant massivement une partie de la population mondiale seulement, nous nous sommes exposés à la multiplication des doses et des variants. Cette pandémie est la preuve que nous devons penser globalement en termes de santé et de lutte aux virus. Nous devons produire local, consommer local et exporter une petite partie de notre production nationale, mais certains aspects de la vie moderne nous confrontent au besoin d’avoir des normes globales au sujet de la santé.
Les vagues, les consignes parfois illogiques et les différentes approches, des différents pays, de lutte au virus illustrent le manque de préparation de la plupart des états face à un tel fléau. Cela montre aussi que les instances internationales, telles que l’Organisation mondiale de la santé, le Haut conseil de la santé publique ou l’Union européenne de la santé, sont respectées par les gouvernements, mais elles n’ont aucune autorité sur eux.
Contrairement aux gouvernements, les entreprises productrices de vaccins n’improvisent pas. Elles développent rapidement les vaccins vendus à bon prix. Premiers arrivés, premiers servis! Urgence mondiale, le vaccin est gratuit pour la population. C’est faux puisque le traitement est payé à partir des coffres de l’état que les citoyennes et les citoyens ont contribué à remplir. C’est facile pour une entreprise qui n’a pas à convaincre quiconque, et qui encaisse les deniers publics sans grands efforts de ventes. Nous sommes en décembre 2020.
Commence alors la course aux vaccins. Au début de la pandémie en avril 2020 d’aucuns se disaient : «Ah! Si nous avions un vaccin!» Un an plus tard le discours avait changé : «Je ne suis plus certain du vaccin… Y a-t-il d’autres traitements?» Oui, mais on a tôt fait de les discréditer au profit de la panacée, le vaccin. Tout d’un coup, il n’est plus question de traiter la maladie, comme nous le faisons pour ce type d’infection. On force le consensus. On garde nos jobs. La science et la médecine deviennent politiques. Tout ce que vous avez pu lire sur les virus dans votre vie avant la pandémie ne vaut plus rien. On nous oblige à nous fier aux quelques personnes qui nous sont présentées dans les médias électroniques traditionnels comme les experts(es) ultimes.
En deux ans, la science a été déconstruite et les services de santé ont été poussé vers la désorganisation. Deux grandes sphères fondamentales de notre monde qui fonctionnent à l’envers. La science construit habituellement. Les services de santé sous-entendent un grand sens de l’organisation. Il existe à la pharmacie de nombreux médicaments pour lutter contre la grippe. Le vaccin existe aussi pour ceux qui préfèrent éviter la grippe à tous prix. Cette possibilité est ralentie en ce moment. Nous attendons que les entreprises pharmaceutiques rendent à cet instar les médicaments disponibles dans les pharmacies.
Le Royaume-Uni et le Danemark prennent les devants en autorisant le traitement sous forme de cachet contre la Covid-19 développé par les laboratoires américains de Merck.[1] En souhaitant que cette pandémie nous conduise à développer rapidement des traitements advenant l’apparition d’un autre virus dangereux dans le futur. C’est souhaitable, car il y a quelque chose d’irrationnel derrière la pensée de ceux qui se bouchent les oreilles lorsque les vaccins sont critiqués, voir simplement relativisés.
Depuis janvier 2021, ce sont l’éthique et la démocratie qui en prennent pour leurs rhumes. Outre le muselage des personnes qui préconisent des traitements comme celui proposé par Merck en alternative à la vaccination, il y a la question de la gouverne par décret de certains gouvernements. Le Québec attend la chute du Robespierre des temps modernes. Au nom d’un certain pragmatisme, le peuple se fait dicter quoi faire au lieu d’en débattre démocratiquement. Il est vrai que le Peuple québécois, avec l’influence passée et actuelle du code civil, en plus de notre passé fondé sur l’asservissement à l’Église, n’a pas vraiment développé collectivement ce qu’il convient d’appeler le gros bon sens.
Où sont les avocats et les juges pour voir au respect des droits collectifs du peuple? À part quelques procès intentés par certains citoyens et certaines entreprises contre le gouvernement dont la juridiction relève du domaine du droit privé, cela n’aide pas vraiment la cause collective. Quant aux marches et rassemblements, synonymes de démocratie, le gouvernement ne les considère pas, les privant de toutes légitimités, ce qui décodent les valeurs démocratiques en désarment les citoyennes et les citoyens d’un moyen important pour se faire entendre entre deux élections
Les plans de sortie de la crise demeurent lettres mortes. Il faut réussir à sortir indemne de la crise pour garder la confiance du peuple. Éviter la volteface qui discréditerait toutes les actions du gouvernement. C’est pourquoi une sortie lente; laquelle est parsemée de soubresauts genres variants, réductions des rassemblements, aller-retour des mesures, etc.; va conférer tous les honneurs au gouvernement qui pourra dire : «Voyez, nous avons gérer cette crise, les hauts et les bas, et c’est pourquoi nous pouvons aujourd’hui déclarer la fin de l’état d’urgence sanitaire». Tout autre scénario équivaudrait à confirmer l’échec du gouvernement. La transparence reviendra-t-elle après la crise? Y avait-il une transparence avant la pandémie, ou faut-il miser sur une glasnost québécoise post-pandémique?
Quel est l’avenir? Une nouvelle pensée s’installe. Le droit privé semble mieux s’en tirer que le droit public. Sommes-nous désormais abonnés au Big Pharma? Les effets de la Révolution américaine en 1776 et de la Révolution française en 1789 se sont-ils dissipés au point que l’avenir nous propose de nous débarrasser des derniers vestiges de l’idée de démocratie pour accélérer la surconsommation, véritable religion liée au pognon? Car la lutte vaccinale contre la pandémie de Covid-19 ne signifie pas guérir l’humanité, mais bien assurer le maintien du rythme de la surproduction pour faire déborder les coffres d’or des plus riches de ce monde qui peuvent se payer le silence et l’espace, et laisser au peuple le bruit et le désordre.
L’Éditorrieux souhaite pour l’avenir que la petite morale paternaliste héritée de notre passé québécois; et toujours véhiculée par les politiciens, quelques spécialistes vendus et la presse; s’estompe pour laisser place au débat et au sens critique, quitte à se chicaner un peu, mais surtout pour éviter de se diviser en ségréguant une partie de la population sur une base aussi dénudée de fondement qu’un statut vaccinal.
Pour citer cet article : Beaudet, A. (2021). La pandémie, L’Éditorrieux, 1(8), pp. 1-5. https://leditorrieux.wordpress.com/
[1] https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/12/16/le-danemark-premier-pays-de-l-ue-a-autoriser-la-pilule-contre-le-covid-de-merck_6106309_3244.html
Le paradoxe municipal, vol. 1, no. 7
5 novembre 2021
Par André Beaudet
Le 7 novembre 2021, les mairesses et les maires se feront montrer la porte ou seront plébiscités. Aurons-nous droit à de chaudes luttes entre candidats(es) pour illustrer la gloire de notre grande démocratie, ou, assisterons-nous à des élections teintées de plébiscites? Le palier de gouvernement municipal est pourtant le plus près du peuple. Instinctivement, nous serions tentés de croire que plus le gouvernement est près du peuple, plus la démocratie est intégrale.
C’est curieusement à ce palier de gouvernement que nous observons davantage de décisions pragmatiques (Beaudet, 2021c), quitte à tourner les coins ronds dans l’exercice de la démocratie, pour faire avancer certains projets municipaux imposés au conseil municipal. Cela cause des problèmes dans des villes ou des villages où la mairesse ou le maire agit en seigneuresse ou en seigneur plutôt que dans l’optique de se conformer à une pratique collégiale et démocratique des affaires municipales. C’est en ces termes que se résume le paradoxe municipal.
À cet effet, visionnez le reportage du 21 octobre 2021 de l’émission Enquête de Radio-Canada[1]. Vous y verrez que les conseils municipaux utilisent dûment la démocratie lorsque vient le temps de congédier un(e) autre membre. Et, lorsque vient le temps de faire profiter une entreprise d’une manne sur le territoire de la municipalité, les règles démocratiques disparaissent soudainement au profit d’un laxisme éhonté. Deux poids, deux mesures. La création de plus de partis politiques municipaux, ou d’équipes municipales, dont la focale est moins sur le chef que sur le groupe, suffirait-elle à déjouer le jeu des mairies seigneuriales au profit de mairies avec des partis politiques et des programmes qui ne tournent pas autour d’une seule personne?
Un autre problème avec les maires(ses) seigneurs(esses) vient avec la place que le personnage occupe dans l’espace politique et médiatique. S’il ou elle a un projet X qu’il ou qu’elle a mené bec et ongle durant trois mandats, et qu’il s’avère qu’il ou elle perde enfin, qu’arrive-t-il avec la pérennité du projet X? Y a-t-il un projet de remplacement, une option B prévue? Il arrive par exemple dans certaines situations que peu de projets en développement voient le jour, parce que toutes les ressources furent mobilisées au service du grand projet de transport pour la ville au détriment de tous les autres projets.
Je vous invite à consulter ou relire l’article paru en juin dernier sur les politiques publiques urbaines (Beaudet, 2021a). Cet article complète bien la lecture que vous entreprenez en ce moment.
L’idéal démocratique est l’alternance des chefs et des partis politiques au pouvoir. Ce phénomène s’observe de plus en plus au niveau des élections provinciales et fédérales canadiennes. Cela commence à s’observer dans les élections municipales canadiennes, mais il subsiste encore des mairies où sont élus sempiternellement les mêmes magistrats pour régenter les mêmes citoyens.
L’alternance de l’exercice du pouvoir s’impose au Canada en ce qu’elle s’explique par l’émergence de plusieurs petits partis qui s’opposent à la dualité séculière des partis Libéral et Québécois au palier de gouvernement provincial, et des partis Libéral et Conservateur au palier de gouvernement fédéral. Les député(es) et ministres de ces principaux partis politiques se succèdent depuis plus de cent ans en usant le velours des sièges privilégiés des assemblées législatives de nos parlements. Le problème est qu’avec de plus en plus de partis politiques, qui expriment autant de valeurs ou de clivages dans la société, ce qui est bien, et sans trop entrer dans le débat sur le mode de scrutin au Canada, il semble que le mode de scrutin uninominal à un tour ait fait son temps.
Cela pose le problème de la représentativité du peuple, fondement démocratique, duquel l’état tire la légitimité de son pouvoir d’imposer un impôt sur le revenu aux citoyens et aux entreprises. D’où l’expression, No taxation without representation![2], que nous devons à l’avocat américain James Otis au 18ième siècle.
Dans ce numéro, nous allons explorer les principaux concepts liés au comportement électoral, et ce, au palier de démocratie le plus près du peuple en survolant des notions telles que le taux de participation aux élections municipales, le paradoxe municipal, soient les cas des mairies plébiscitées, les mairies de seigneuresses et de seigneurs et le problème du pragmatisme décisionnel pour réagir à la rigidité de certaines procédures démocratiques.
Les municipalités sont des créatures des provinces. Deux courants s’observent dans les administrations municipales québécoises. L’un d’eux est notre héritage anglo-libéral. Ce courant préconise une gestion technique et administrative idéalement apolitique. Ce courant démocratique se perpétue aujourd’hui à travers l’approche du Public Choice.
«Le second débat dans lequel s’inscrit la question municipale est celui de la décentralisation et, plus profondément, de sa signification dans le contexte d’un fédéralisme assez pragmatique, c’est-à-dire assez évolutif mais au prix de lourds mécanismes d’accommodation» (Tuohy, 1992 dans Mévellec et al., 2017). C’est à ce niveau que s’exerce les raccourcis démocratiques. Le vœu pieux des administrations publiques municipales consiste à créer des gouvernements de proximité tout en préservant l’intégrité des procédures démocratiques. Les municipalités ont le pouvoir juridique de s’automodifier et d’établir des nouvelles structures administratives sur leurs territoires. C’est un facteur important pouvant conduire à une meilleure démocratie ou au contraire produire un capharnaüm terrible.
L’instauration d’un gouvernement de proximité dans les municipalités depuis 2017 réside dans l’exercice de ce pouvoir d’amendement sans référer au gouvernement provincial. La création de municipalités régionales de contés (MRC) et les centres locaux de développement (CLD) sont de bons exemples de la rupture avec le modèle municipal canadien. Le Québec, l’Ontario et l’Alberta sont les provinces qui ont emboîté le pas des réformes depuis 2003 (Mévellec et al., 2017).
Selon l’Institut du Nouveau Monde, le taux de participation aux élections est en recul dans les démocraties modernes. Au Canada, les taux de participation aux élections fédérales atteignent rarement 70% (Beaudet, 2021b). Le taux de participation aux élections fédérales en 2021 a été de 67%[3]. Au niveau municipal, les taux sont encore plus bas 39% à Québec et 50% à Montréal en 2009[4]. Valérie Plante a été élue sur la base d’un scrutin établissant un taux de participation aux élections municipales à Montréal de 42% en 2017 (Goudreault, 2021). Les élections scolaires obtiennent un maigre taux de participation de 8% en 2007[5].
La politique municipale est très peu étudiée. Elle représente une sorte de «trou noir» dans la littérature scientifique. Il y a deux principaux constats sur la dynamique politique municipale au Québec. D’abord, la scène politique municipale évolue dans un contexte apolitique. Cela ne veut pas dire absence de vie politique, mais absence de la politisation des enjeux. Ensuite, les élus locaux sont de plus en plus professionnalisés. C’est un facteur d’explication du caractère corporatiste des municipalités (Dubois, 2019).
Les gens vivent dans les villes et villages, et il faut aller sur les médias sociaux pour les rejoindre. Les grandes villes comme Montréal et Québec semblent exploiter l’espace public d’Internet davantage que les petites municipalités. Néanmoins, on observe de plus en plus une présence des administrations municipales sur les réseaux sociaux. Le niveau communicationnel est encore plutôt unidirectionnel, mais avec le temps, les administrations se mettent à la page et développent plus d’interactions avec la population en faisant la promotion de leurs services sur Internet (Idem.).
Encore une fois, il y a peu d’études sur l’utilisation d’un média social comme Facebook en temps d’élections municipales au Québec. Mais les résultats de Dubois (2019) correspondent aux résultats observés dans certaines études menées sur le sujet.
Sans grande surprise, les jeunes ne votent pas beaucoup lorsque vient le temps des élections municipales. Ils ont de la difficulté à percevoir les enjeux politiques au niveau municipal. De plus, il y a peu de données individuelles sur les profils d’électeurs, particulièrement les jeunes. Le taux de participation des jeunes aux élections municipales se situe entre 45% et 50%. Il s’agit d’un taux semblable au taux de participation de la population en générale. Breux et Valette (2020) ont questionné 31 répondants âgés entre 18 ans et 32 ans. Sur ces répondants, 16 personnes ont répondu ne pas avoir voté à la dernière élection municipale. Les jeunes n’ont pas une connaissance aussi précise des candidats aux élections municipales qu’ils n’en ont une à propos des candidats aux élections provinciales et fédérales davantage médiatisés et présents sur les réseaux sociaux. Ils se fient à leurs parents pour faire leurs choix électoraux (Dubois, 2019; Breux et Valette, 2020). D’ailleurs, sur un ton cocasse, une publicité qui exprime la participation électorale aux élections municipales circule en ce moment où nous voyons un père de famille se lever à table durant le repas et soumettre son opinion à sa famille. Se déclenche alors une discussion entre eux à coups de slogans évoquant les enjeux de la ville.
Le vote postal, l’abaissement de l’âge légal pour voter et le vote obligatoire sont quelques pistes de solutions d’une liste élémentaire d’interventions potentielles pour raviver l’exercice du droit de vote auprès des citoyens. Il est difficile d’imposer quelque chose dans un système qui ne veut surtout pas imposer quoi que ce soit aux citoyens, si ce n’est leurs avoirs…
Il semble que les réformes municipales, 2003 et 2014, axées sur la décentralisation soient dépourvues de compréhension des mécanismes sociaux-économiques de développement du territoire. Cette lacune de considération des dynamiques sociales au profit des intérêts davantage politiques et financiers prive la communauté du potentiel de ladite décentralisation. Le processus décisionnel pragmatique et la gestion corporative des municipalités participent à l’érosion démocratique du gouvernement de proximité (Labelle, 2018).
Dans les élections provinciales et fédérales, les électeurs motivent leurs choix en fonction d’un parti plutôt qu’en vertu d’un enjeu. Ils font un choix partisan. Au niveau municipal, le partisanisme est dirigé davantage vers une personne plutôt que vers un parti, bien que le fait de s’identifier à un parti politique au niveau municipal soit un phénomène qui commence à s’observer dans certaines agglomérations (Dubois et al., 2021). Il aura fallu écouter l’épisode d’Infoman du 4 novembre 2021 pour prendre conscience du manque de sérieux démocratique, et pas juste en région…
Pour citer cet article :
Beaudet, A. (2021). Le paradoxe municipal, L’Éditorrieux, 1(7), pp. 1-5. https://leditorrieux.wordpress.com/
Références :
Beaudet, A. (2021a). Les politiques publiques urbaines, L’Éditorrieux, 1(2), pp. 1-5. https://leditorrieux.wordpress.com/archives
Beaudet, A. (2021b). Le vote au Canada, L’Éditorrieux, 1(5), pp. 1-5. https://leditorrieux.wordpress.com/archives
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Goudreault, Z. (2021). Le président de l’UMQ appréhende un faible taux de participation aux élections municipales, Le Devoir, Montréal, 3 septembre.
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[1] https://ici.radio-canada.ca/tele/enquete/site/episodes/570140/elections-municipales-mon-orford-st-lin-st-jean-richelieu-eau-developpement
[2] https://billofrightsinstitute.org/founders/james-otis
[3] https://www.elections.ca/content.aspx?section=ele&dir=turn&document=index&lang=f
[4] https://inm.qc.ca/participation-electorale/
[5] Idem.
La répartition des richesses, vol. 1, no. 6
3 octobre 2021
Par André Beaudet
Oubliez le salaire universel pour tous. Les riches s’enrichissent de plus en plus, et ils répartissent les richesses de moins en moins. Le pragmatisme que nous observons au niveau municipal (Beaudet, 2021), et qui se fait de plus en plus au détriment de la démocratie afin de soi-disant faire avancer les choses, ternit toutes les chances de voir un jour les inégalités disparaître. Cette tendance s’observe désormais à l’échelle mondiale. Dans un monde, où à peine 30% des pays sont des démocraties libérales, et nous incluons dans ce ratio des pays comme la Turquie et la Russie, les chances d’abandonner la démocratie, pour une liberté liée au pognon qui n’a rien à voir avec le droit, sont élevées.
Selon la Banque mondiale[1], le pays avec le produit intérieur brut (PIB) par habitant le plus bas sur la planète en 2020 est le Burundi où les gens ont vécu avec 274 dollars US. Il faut vivre au Luxembourg en 2020 où le PIB par habitant est constaté à 115 873,60$ US. En 2018, on devait vivre au Liechtenstein fier d’un PIB par habitant de 180 370,66$ US. En 2019, la principauté de Monaco chiffrait sont PIB par habitant à 190 512,70$ US. Au Canada en 2020, le PIB par habitant est de 43 241,60$ US. Le PIB par habitant du monde est constaté à 10 925,70$ US en 2020. Il y a donc une différence entre le pouvoir d’achat d’un citoyen du Burundi et celui d’un sujet du Prince de Monaco. On comprend que l’indice du bonheur peut se mesurer uniquement dans les pays riches et très riches. Nous y reviendrons plus bas.
Sans remonter à la nuit des temps, l’étude de la répartition des richesses a occupé la réflexion de nombreux économistes. D’aucuns ont marqué leur temps pour leurs visions utopiques des politiques macroéconomiques. Dans le cas de Karl Marx, les idées sont restées dans le songe de l’utopie, alors que dans le cas de John Maynard Keynes, ses recherches sur le pouvoir des gouvernements de s’endetter pour sortir d’une crise, celle de 1929 aux États-Unis particulièrement, ont servi au Président Roosevelt pour élaborer le New Deal[2].
Le point de départ est la différence entre l’égalitarisme (John Rawls) et l’utilitarisme (John Stuart Mill). L’expérience du «voile de l’ignorance» de John Rawls risque d’être concluant s’il admet que le concept d’égalité appartient à une société organisée et inclusive de tous ses membres et de toutes ses organisations. Ainsi, il appartient à tous de décider et d’approuver les décisions du groupe. Cette théorie de la justice est tout à fait opposée, dans la littérature scientifique, à l’utilitarisme «qui vise à la plus grande somme de satisfaction possible dans une société (même si cette somme est réunie par le plus petit nombre)».
L’expérience du voile de l’ignorance consiste à sélectionner des individus qui doivent prendre des décisions pour tous les membres du groupe sans effectuer ni ségrégation ni ostracisation. Ayant à décider de considérer aucun avantage pour quiconque, la décision sera de nature à favoriser l’égalitarisme. Derrière ce voile de l’ignorance, il y a deux principes fondamentaux. Le premier principe de liberté et d’égalité s’applique à tous, droit égal pour chacun et compatible avec le droit des autres. Le second principe de différence favorise le membre le plus faible dans une perspective de l’inclure dans le groupe.
Malgré la volonté de se pourvoir du voile de l’ignorance, il demeure qu’il est difficile de s’extérioriser pour atteindre la neutralité que propose cette expérience, et penser totalement autrement que nous le faisons habituellement. Nous conservons nos modes de raisonnements même si l’expérience nous impose certains paramètres quant à la manière dont nous faisons abstractions de nos inclinations. Je vous invite à consulter le lien qui résume l’expérience[3].
Le problème est que bien que nous soyons fascinés par les Paris Hilton ou les Bill Gates de ce monde; ces personnes identifiées comme les 1% des plus riches; ou encore que nous restions impressionnés face aux stratégies financières liées aux comptes offshores issus des montages financiers de certains pour déjouer l’impôt, il reste que les riches finissent par lasser et choquer. C’est au nom du pragmatisme économique qu’il existe dans la société des gagnants et des perdants. Les gagnants sont représentés par les propriétaires capitalistes et les «héros de l’entreprenariat» (Askenazy, 2016, p. 3) qui ne veulent pas que l’on taxe le patrimoine de peur que soit démocratisée la notion de propriété. Les perdants sont les travailleurs routiniers, les improductifs et les classes laborieuses appelées à disparaître à cause de la stagnation des salaires. Le salariat est lui-même en jeu. Au nom du pragmatisme, nous sommes prêts à contourner l’idée d’égalité dans la société. Le paradoxe est qu’en abandonnant l’idée d’égalité, c’est ainsi qu’on protège nos acquis précieux tels que «l’origine sociale, les capacités financières des parents, le lieu où l’on grandit, les loisirs, les écoles fréquentées, sont des déterminants puissants pour définir les chances de chacun en termes de carrières et même de santé» (Askenazy, 2016, p. 3).
Une piste de solution réside dans le renversement du paradigme dominant voulant que la répartition des richesses actuelle ne soit pas naturelle. La notion de rente est au centre des réflexions sur le sujet. En effet, la définition de David Ricardo de la rente foncière n’est pas la même que celle de Karl Marx. Du point de vue de Ricardo, c’est la dynamique entre propriétaires des bonnes terres et salariés qui façonne l’asservissement d’une classe à une autre. Tandis que chez Marx, le propriétaire d’une moins bonne terre tire quand même une rente des propriétaires qui possèdent les bonnes terres. De nos jours, la notion de rente réfère à un positionnement économique impliquant le jugement d’un type de rente par rapport à un autre.
Il semble qu’un moyen de lutter contre le propriétarisme, qui nous impose un rythme de travail et de formation sur la base d’un salaire parfois bas, et dont les bénéfices reviennent aux propriétaires, car que l’on soit des plus productifs ou des plus improductifs, tous contribuent néanmoins à l’activité économique. À preuve, dès la réception de notre paye, presque tout l’argent est renvoyé dans le système économique, et pour ceux qui le peuvent, une maigre partie s’en va dans l’épargne. La valeur des 1% a augmenté plus vite que le PIB mondial. «Revenu et patrimoine sont en fait intimement liés, une part essentielle des revenus à ce stade étant constituée de revenus du patrimoine et non du travail» (Askenazy, 2016, p. 7).
Ce n’est pas fini. Il y a les 1% qui sont exploités par le 0,1%. Le Capital au 21ième siècle de Thomas Piketty, dont il faut faire quelques actes de foi en suivant son argumentation, a provoqué tout un émoi, sans pour autant ébranler le capitalisme. Critiquer les 1% ne provoque pas de crise du capitalisme, car une entente tacite circule entre les riches et les pauvres depuis l’Ancienne Égypte des Pharaons. En fait, dans le Capital de Karl Marx et dans le Capital au 21ième siècle de Thomas Piketty, les auteurs présentent tous deux une équation comptable pour étayer leurs ouvrages à propos du rapport entre le capital et le revenu.
Simplification mathématique ou changement de paradigme économique, allez savoir! Les deux auteurs retiennent les termes suivants dans leurs équations. Ainsi, β est le rapport capital/revenu, α est la part des revenus du capital et r est le taux de rendement moyen du capital. Piketty propose α = r x β; et Marx propose r = α/ β. Pour Piketty, le rendement est constant sur une longue période et α représente l’accumulation du capital. Pour Marx, le rendement (r) peut être constant parce β augmente, si, et seulement si, α connaît une croissance. Toutes ces théories contribuent à légitimiser la nécessité d’une économie sociale. Marx propose de modifier le type de propriété (de privée à collective) des moyens de production, alors que Piketty suggère d’imposer une taxe mondiale aux propriétaires de ce qu’il convient d’appeler les hauts patrimoines.
Un premier indice des institutions à combattre, notamment aux États-Unis, consiste à s’attaquer au mode de financement de la politique américaine pour vaincre la majorité pragmatique, représentant un cercle restreint de riches, mais qui possèdent plus que les autres 99% d’individus. Cette majorité pragmatique instrumentalise la richesse au profit de sa classe, laissant les autres classes sociales sans possibilité d’accès au capital.
Askenazy (2016, p. 10) résume le conflit moral qui se pose un jour ou l’autre à toute personne. Il écrit en effet, que pendant son existence, un électeur a une probabilité bien plus grande que 1 % de figurer un jour dans le 1 % des plus hauts revenus et patrimoines. S’il anticipe ou espère entrer dans ce premier centile dans le futur, il sera enclin à soutenir des propositions de faible taxation des plus fortunés».
Pourtant, Bill Gates prône un impôt plus élevé pour les riches, prélevé sur les gains en capital. De plus, il propose d’augmenter l’impôt sur la succession des grandes fortunes pour éviter la création de dynasties. Gates affirme que «transmettre une grande richesse à vos enfants n’est bon pour personne ; la prochaine génération ne se retrouve pas avec la même incitation à travailler dur et à contribuer à l’économie[4]». Néanmoins, Askenazy (2016) soutient que les politiques et les incitations fiscales ne sont pas une panacée. Elles représentent la pointe de l’iceberg du problème.
Plus les riches deviennent riches, moins les bénéfices se déversent dans la société. Ce sont les inégalités sociales qui causent les troubles macroéconomiques globaux. Il ne faut toutefois pas oublier les petites luttes morales entre personnes. Askenazy (2016) identifie le revenu primaire comme source de conflits sociaux. «Tu fais plus d’argent que moi, donc je vaux moins. Tu reçois une meilleure prestation allocative que moi, etc. La disparition du communisme à la soviétique, celle des partis communismes européens et l’affaiblissement du mouvement syndical ont certainement favorisé sans vergogne l’apparition de nouveaux milliardaires.
Le propriétarisme, incluant certains groupes sociaux corporatistes, acteurs et sportifs qui en profitent aussi, est triomphant alors que «l’économie de la connaissance et la nouvelle économie auraient dû entraîner un recul de la propriété et du capital» (Askenazy, 2016, p. 29). Allons-nous laisser le pragmatisme désarmer la lutte de classes?
On se moque bien des assistés sociaux au Québec qui reçoivent un chèque de 700$ par mois en échange d’aucun travail. Mais détrompez-vous! Il existe aussi sur cette planète des héritiers, c’est-à-dire des rentiers, qui empochent 50 millions de dollars par mois tout en vivant dans la plus pure oisiveté. L’Éditorrieux se demande quelle est la différence entre ces personnes? La réponse est que la personne pauvre se démène pas mal plus que la personne riche pour subsister, et pour conclure sur l’étude d’Askenazy (2016), ces personnes sont ni plus ni moins que lesdits improductifs de la société.
Bouffard et Dubé (2017) mesurent le rapport entre les individus face aux inégalités. Les auteurs ont mesuré l’indice du bonheur et l’état du bien être des individus en fonction du pouvoir d’achat dans 144 pays. Les deux hypothèses sont confirmées. Toutefois, les écarts s’observent seulement dans les pays riches à cause du pouvoir d’achat. Dans les pays pauvres, les gens n’ont pas de pouvoir d’achat. Il est plus difficile de se jalouser, et encore moins de s’apitoyer sur son sort face à la nécessité de manger. Un des coûts importants associé à l’inégalité est la détérioration de la démocratie.
L’impôt progressif de Piketty, la main invisible de Smith, la révolution du prolétariat de Marx, la théorie des dépenses publiques de Keynes ou encore l’approche d’économie politique de Ricardo, n’auront pas réussi à changer le construit du triumvirat salariat, rente et profit. Le pragmatisme l’emporte sur la démocratie, et il chasse du même coup la théorie de la justice de John Rawls et la philosophie utilitariste de John Stuart Mill.
Dans notre monde, les systèmes économiques sont tous basés sur l’offre et la demande. Le pouvoir d’achat est la principale constante économique, qui régule la dynamique entre salaires, profits et rentes, que ni les capitalistes ni les communistes ne délogeront.
Pour citer cet article :
Beaudet, A. (2021). La répartition des richesses, L’Éditorrieux, 1(6), pp. 1-5. https://leditorrieux.wordpress.com/
Références :
Askenazy, P. (2016). Tous rentiers! : pour une autre répartition des richesses. Odile Jacob. http://pombo.free.fr/tousrentiers.pdf
Beaudet, A. (2021). Le vote au Canada, L’Éditorrieux, 1(5), pp. 1-5. https://leditorrieux.wordpress.com/archives
Bouffard, L., & Dubé, M. (2017). Inégalité de revenus et bonheur autour du monde. Revue québécoise de psychologie, 38(1), 129-157. https://www.erudit.org/en/journals/rqpsy/1900-v1-n1-rqpsy03082/1040073ar.pdf Rawls, J., & Audard, C. (1987). Théorie de la justice. éd. du Seuil. https://cortecs.org/wp-content/uploads/2018/05/26.52_voile_ignorance_Rawls_GUINGAND_ROBERT_VOISIN.pdf
[1] https://donnees.banquemondiale.org/indicator/NY.GDP.PCAP.CD
[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/New_Deal
[3] https://cortecs.org/wp-content/uploads/2018/05/26.52_voile_ignorance_Rawls_GUINGAND_ROBERT_VOISIN.pdf
[4] https://www.capital.fr/economie-politique/pour-bill-gates-les-plus-riches-devraient-payer-plus-dimpot-1358900
Le vote au Canada, vol. 1, no. 5
1er septembre 2021
Par André Beaudet
Les élections fédérales auront lieu lundi vingt septembre. Curieusement, le gouvernement nous convoque aux urnes à un drôle de moment. Il sera intéressant d’observer le comportement de l’électorat. Le bilan du gouvernement Trudeau quant à la gestion de la pandémie semble positif, c’est plutôt dans les provinces que la patate est chaude. Le chômage et le spectre de l’inflation planent sur ce gouvernement. On constate déjà l’augmentation, non pas des prix en général, mais des prix de certains produits. L’huile d’arachide est un bon exemple[1]. Dans la dernière année, le format de 750 millilitres est passé d’un prix historique (depuis 5 ans au moins dans les supermarchés à rabais) de 4,99$ à 5,99$ en 2020 et récemment passé à 6,70$ en 2021.
L’actuel problème de logistique internationale, et ce que d’aucuns appellent la guerre des «containers»[2], contribuent à l’augmentation de certaines denrées alimentaires. Le rapport sur les prix alimentaires canadiens prévoit une augmentation de 3% à 5% sur les produits en 2021[3]. Déjà nos arachides ont augmenté de 20% en passant de 4,99$ à 5,99$, or, à 6,70$, cela représente une augmentation de 34% par rapport au prix historique.
Le chômage a augmenté jusqu’à 9,4% en janvier 2021, pour redescendre à 7,5% en juillet dernier[4]. Est-ce assez pour aller en élection? Les colères provinciales vont-elles se répercuter sur le vote aux élections fédérales? Quelle est la solution face au spectre de l’inflation? Surtout lorsque nous savons que les principaux facteurs qui influencent le vote sont le chômage et l’inflation. La Banque du Canada maintient un taux d’inflation à 2%[5]. Personne ne veut revivre les vagues inflationnistes des années 70-80[6].
Les perspectives de croissances économiques difficiles à percevoir dans un monde post-pandémique, l’indice du taux de chômage à la baisse et l’inflation maintenue à 2% suffisent au gouvernement pour déclencher des élections. Sans doute veut-il se donner les coudées franches? Les gouvernements des sociétés démocratiques du G7 semblent avoir un agenda caché. Et si les Libéraux reviennent minoritaires? Avec un électorat de plus en plus polarisé, quel compromis peut proposer le gouvernement pour gouverner?
Le vote économique est une théorie qui permet d’expliquer certains aspects du comportement des gouvernements nationaux au Canada à travers le temps. La variable déterminante pour le succès du gouvernement auprès du public est la situation économique. Le choix des électeurs est une donnée convoitée par le gouvernement qui utilise tous les moyens pour l’obtenir : sondages, consultations publiques, rétroaction du système publique, etc. L’augmentation de la croissance économique et la diminution du chômage demeurent les variables déterminantes pour la réélection d’un gouvernement (Tellier, 2004).
Les canadiens votent avec des motifs sociotropiques (i.e. avec des considérations collectives et sociales de la situation du pays), et non égotropiques (i.e. avec des considérations de situations personnelles face à la situation du pays) liés aux conditions économiques en général. Ils ne votent pas nécessairement en fonction de leurs situations personnelles ou familiales. «Les résultats obtenus jusqu’à maintenant semblent indiquer que les électeurs canadiens adoptent un comportement sociotropique et qu’ils font une évaluation rétrospective et prospective des compétences gouvernementales» (Tellier, 2020, p. 6). Les électeurs considèrent le gouvernement responsable de l’état de l’économie.
Le comportement électoral est envisagé dans différentes perspectives. Ainsi, la démocratie délibérative tend à gagner en popularité sur la démocratie représentative. Les citoyens font de plus en plus confiance à des groupes de personnes mandatés pour décider à la place des élus. Le besoin de performance de la chose publique pose le besoin de légitimiser la démocratie délibérative au point où «l’élection des gouvernants au suffrage universel semble un moyen assez pauvre, voire un sérieux obstacle pour la promotion de la qualité délibérative du processus de décision politique» (Pourtois, 2013, p.2).
La désélectoralisation de la politique conduit à rendre le suffrage universel désuet au profit de la délibération collective. Dans une démocratie délibérative et inclusive de tous les citoyens, des élus doivent être désignés plutôt qu’élus concernant les décisions majeures. Le vote classique nuit à l’objectif du politicien qui est de se faire réélire qu’il dirige sagement ou non. Cela n’est pas sans rappeler le principe dyadique du Prince de Machiavel à l’effet qu’il faut tout faire pour accéder au pouvoir, et ensuite, il faut tout faire pour le conserver. «Réinterprétée à partir de l’impératif délibératif ou discursif, la démocratie n’exigerait pas le dénombrement des voix ou des préférences mais la confrontation des opinions et des raisons» (Pourtois, 2013, p.5).
Le problème de cette approche est la légitimité. Les personnes habilitées à prendre les décisions dans une démocratie délibérative doivent être choisies selon des critères établis par la société. Par exemple, dans la cité athénienne, on procédait par tirage au sort pour déterminer qui allait percevoir les impôts ou prendre telles ou telles décisions. On exerçait ainsi une rotation des citoyens appelés à délibérer ou décider chacun leur tour. Cette approche est bien entendue un peu farfelue dans la société actuelle. En effet, la représentativité est biaisée dans ce type de démocratie pragmatique (Pourtois, 2013; Beaudet, 2021) en ce que les citoyens sélectionnés ont probablement des positions divergentes de ce dont on attend d’eux en termes de réflexions et de décisions. C’est pourquoi le suffrage universel semble finalement le plus équitable pour tous, bien qu’il ne laisse que peu de place à la délibération. Il semble probable que la démocratie délibérative dérive vers une forme de corporatisme et de gestion d’experts.
Vermette (2016) traite des changements démocratiques perceptibles et théoriques. Sans aller jusqu’à l’idée de démocratie délibérative de Pourtois (2013), il convient de noter des changements dans l’exercice de la démocratie dans l’espace public. Pourtois (2013) et Vermette (2016) ont ceci en commun qu’ils soulignent la volonté des politiciens d’entrer de plus en plus en contact avec les électeurs. Vermette (2016) précise que la technologie est un facteur important de ce rapprochement avec l’électeur qu’il s’agisse d’échange d’idées, de financement et de rassemblement.
Il semble que le modèle des grands clivages politiques, qui s’expriment depuis une trentaine d’années à travers les grands partis politiques, soit en perte de vitesse. La domination élitique des grands partis politiques tels que le Parti libéral du Canada et le Parti conservateur du Canada correspond de moins en moins aux choix de l’électorat, à part pour leurs bases partisanes. Ce phénomène s’observe dans plusieurs sociétés démocratiques en France et aux États-Unis notamment.
Les gens au pouvoir doivent désormais considérer les citoyens comme étant engagés dans le projet de leurs vies. Les gens travaillent pour réaliser des objectifs individuels, familiaux, professionnels etc. Ils ne se considèrent plus comme de simples ouvriers ou employés face à l’état puisque le discours a changé et «la nouveauté est que dans ce contexte les anciens pôles d’attraction formés par les États-nations, les partis, les professions, les institutions et les traditions historiques perdent de leur attrait» (Vermette, 2016, p. 8). L’électeur attend une offre personnalisée.
La technologie est un moyen important à la disposition des politiciens particulièrement durant une campagne électorale. Elle permet justement de personnaliser, entre guillemets, l’offre, et elle renverse le climat apathique des électeurs. Le taux de participation aux élections fédérales canadiennes est en baisse depuis plus de trente ans. Selon Élections Canada en 2015, le taux de participation était de 75,3% en 1988. Une descente s’amorce jusqu’en 2008 pour atteindre le taux de participation le plus bas établi à 58,8%. En 2015, le taux de participation est remonté à 68, 5%. En 2019, le taux était de 67%. Il faut noter que les plus hauts taux de participation aux élections fédérales observés atteignent les 79% et 79,4% entre 1958 et 1965. Vous pouvez consulter le lien vers Élections Canada en bas de page pour en savoir plus sur le taux de participation des citoyens aux élections fédérales.[7]
Vermette (2016, p. 64) note en conclusion à propos du soi-disant bienfait de la technologie pour rejoindre et personnaliser la relation entre la personne qui aspire au pouvoir et l’électorat: «À mesure que se perfectionnent les outils de ciblage, le débat plus large et collectif s’appauvrit». Toutefois, il semble que le bon vieux porte-à-porte soit encore le meilleur moyen pour rejoindre l’électorat, et que la technologie demeure un outil secondaire, car elle n’y puit plus rien de toute façon lorsque la partie est manifestement perdue d’avance.
Le taux de participation aux élections fédérales diminue depuis des décennies. Les jeunes participent de moins en moins. Ce phénomène s’observe aussi aux États-Unis. Cela interpelle les chercheurs. Les principaux facteurs liés à la participation électorale utilisés dans les études sont la décision d’aller voter, les facteurs démographiques et les variables relatives aux attitudes. Bien qu’instructives, les études électorales nécessitent plus d’accès aux données en possession du gouvernement pour avoir un meilleur portrait d’ensemble. L’accès fragmenté aux données augmente le nombre de biais. Parmi les gens interviewés, certains sont plus politisés. Ils sont donc susceptibles d’être plus motivés à répondre. Un autre biais est à l’effet qu’il n’est pas possible de vérifier si les répondants ont effectivement voté dans l’élection en question pour l’étude (Achen, 2019).
Il est difficile d’avoir accès à des données validées sur le vote. Les études se fondent généralement sur des données non validées. L’utilisation de données validées permettraient sans doute d’expliquer la faible participation des jeunes aux élections fédérales. Une chose semble claire, la faiblesse du taux de participation marque un déclin corrélé de la légitimité des gouvernements. La baisse du taux de participation des jeunes «pourrait aussi entraîner la sousreprésentation de certains groupes de citoyens dans l’élaboration des politiques publiques» (Achen, 2019, p. 6).
En consultant la littérature scientifique, nous comprenons que le vote se polarise au Canada. Les gens sont de plus en plus extrêmes dans leurs croyances et dans les idéologies auxquelles ils adhèrent. D’aucuns parlent de polarisation des partisans. Ce biais idéologique attribué aux partisans très motivés finit par créer que des messages doux aux oreilles de la base partisane, ce que la littérature identifie comme étant de l’information agréable à entendre[8].
Évidemment ce type de réception du discours se trouve dans les idéologies extrémistes où il y a peu ou pas de place pour un discours divergeant. Les médias en temps de pandémie font de ce biais idéologique et de cette polarisation de l’électorat leurs choux gras puisqu’ils transmettent bien candidement et sans nuance le message du gouvernement fédéral. Il n’y a que peu d’opposition, car le message est plein de bon sens, et il conforte l’électorat dans ses croyances (Merkley, 2021, p. 22).
La pandémie de COVID-19 a contribué à modifier les règles et usages du marché. D’aucuns ont fait des affaires en or, alors que d’autres ont tout perdu. L’équilibre a été rompu, ce qui crée de l’incertitude économique. En temps normal, les résultats économiques mitigés du gouvernement Trudeau auraient tôt fait de faire pencher le vote vers le Parti conservateur ou le Nouveau Parti Démocratique (NPD). Toutefois, il est possible que la crainte de perdre le statut quo instauré par le Parti libéral concernant le soutien aux Canadiens dans cette épreuve pandémique fasse pencher la balance pour un autre quatre ans avec le Parti libéral du Canada au pouvoir. Il demeure néanmoins difficile de prévoir dans ce nouveau monde post-pandémique le comportement des électrices et des électeurs au Canada.
Pour citer cet article :
Beaudet, A. (2021). Le vote au Canada, L’Éditorrieux, 1(5), pp. 1-5. https://leditorrieux.wordpress.com/
Références :
Achen, C. H. (2019). Comprendre la participation électorale au Canada: Quelles sont les données manquantes? Revue parlementaire canadienne, printemps. http://www.revparl.ca/42/1/42n1f_19_achen.pdf
Beaudet, A. (2021). Les politiques publiques urbaines, L’Éditorrieux, 1(2), pp. 1-5.
Merkley, E. (2021). Ideological and Partisan Bias in the Canadian Public. Canadian Journal of Political Science/Revue canadienne de science politique, 54(2), 267-291. https://scholar.google.com/scholar?hl=fr&as_sdt=0%2C5&q=Ideological+and+Partisan+Bias+in+the+Canadian+Public&btnG=
Pourtois, H. (2013). Mini-publics et démocratie délibérative. Politique et Sociétés, 32(1), 21-41. https://dial.uclouvain.be/pr/boreal/object/boreal%3A168339/datastream/PDF_01/view
Tellier, G. (2004). Comment expliquer la popularité des gouvernements provinciaux canadiens ? Analyse empirique de l’hypothèse du vote économique, Université d’Ottawa, École de gestion, Conférence présentée dans le cadre du congrès annuel de l’Association canadienne de science politique, tenue à l’Université du Manitoba, Winnipeg du 3 au 5 juin. https://www.cpsa-acsp.ca/papers-2004/Tellier.pdf Vermette, G. (2016). L’accroissement du recours aux nouvelles technologies électorales en réponse au morcellement de l’espace démocratique au Canada, Mémoire, Université d’Ottawa. https://ruor.uottawa.ca/bitstream/10393/35288/1/VERMETTE%2C%20Gabriel%2020165.pdf
[1] https://tchadinfos.com/societe/tchad-le-prix-de-lhuile-darachide-grimpe-les-menages-se-plaignent/
[2] https://www.lopinion.fr/edition/economie/penuries-inflation-prix-guerre-porte-conteneurs-s-intensifie-235452
[3] https://cdn.dal.ca/content/dam/dalhousie/pdf/sites/agri-food/Food%20Price%20Report%202021-FR%20(December%201).pdf
[4] https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/210806/dq210806a-fra.htm
[5] https://www.banqueducanada.ca/grandes-fonctions/politique-monetaire/inflation/
[6] https://www.inflation.eu/fr/taux-de-inflation/canada/inflation-historique/ipc-inflation-canada.aspx
[7] https://www.elections.ca/content.aspx?section=ele&dir=turn&document=index&lang=f
[8] En anglais : congenial.
Gouverner par décrets, vol. 1, no. 4
1er août 2021
Par André Beaudet
La notion de décret est fortement liée au concept de la séparation des pouvoirs. Le décret est un ingrédient des régimes absolutistes que nous avons jugés bon de conserver dans nos textes modernes de lois. Comme quoi nous ne faisons jamais de véritable coupure, aussi totale puisse être la révolution. Thucydide a mis la table sur le sujet de la séparation des pouvoirs avec son fameux discours sur la Guerre du Péloponnèse. Une sorte d’hymne à la nation et aux relations internationales comme l’a fait également le Président Dwight D. Eisenhower dans son fameux discours d’adieu invitant les générations futures à la prudence face au pouvoir du complexe militaro-industrielle, une déclaration comme nul ose le faire aujourd’hui envers le Big Pharma.
John Locke, influencé par ses pairs et les théories de Thomas Hobbes, approfondit la réflexion sur la séparation des pouvoirs. Il distingue l’exécutif et le législatif. Nous sommes alors dans les débuts du parlementarisme en Angleterre, or les notions de démocratie et de droit commun sont en phase de développement. Dans l’histoire du droit, Locke étudie le parlementarisme qui constitue pour lui la prémisse du pouvoir judiciaire indépendant. Disons que Locke a traité de la distinction entre les pouvoirs, alors que Montesquieu a traité véritablement de la séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Les Pères fondateurs de la Constitution américaine ont appliqué ce principe auquel ils ont ajouté l’importance de l’équilibre entre ces pouvoirs. C’est le «checks and balances».
Locke a contribué au développement du droit individuel et du droit collectif. Il a émis les limites du pouvoir exécutif qu’il s’agisse d’un prince ou d’une assemblée de pairs qui assurent la conduite des affaires de l’état. Il explique que les administrateurs du pouvoir ne peuvent en aucun cas ordinaire considérer un sujet majeur comme un mineur. C’est-à-dire que le pouvoir ne peut pas infantiliser les personnes majeures comme le fait par exemple le Gouvernement du Québec et celui de la France pendant la pandémie de COVID-19. John Locke (Locke, 1984, p. 277) nous prévient déjà en 1690 sur le danger des décrets à l’article 131 de son Traité du Gouvernement civil en ce que «qui que ce soit qui a le pouvoir législatif ou souverain d’une communauté, est obligé de gouverner suivant les lois établies et connues du peuple, non par des décrets arbitraires et formés sur le champs», et l’article qui termine le chapitre met également l’emphase sur l’indépendance des juges.
Sans doute y a-t-il une certaine sagesse qui se cache derrière la volonté des législateurs d’avoir maintenu la coutume du pouvoir de décréter justement en cas de crise et d’urgence nationale où des éléments inconnus ne sont pas prévus par la Constitution? De toute évidence, cela fonctionne encore. Maintenant, ce qui pose un problème n’est pas le décret en tant que tel, mais plutôt sa légitimité. Au Québec, le Parlement (Assemblée nationale) peut décréter l’état d’urgence et renouveler aux trente jours. Les décrets du Gouvernement du Québec proviennent de l’exécutif qui peut renouveler l’état d’urgence aux dix jours. Le problème est jusqu’à quand le problème sera entre les mains de l’exécutif? Qui décide du début de la crise et qui décide de la fin? Quand est-ce que le Gouvernement va remettre la gestion de la crise à la chambre législative? Est-ce que l’idée des droits et libertés a fait son temps? Vaudrait-il mieux finalement revenir au temps du Cardinal de Richelieu? Ces idées de libertés et de démocratie pour le Monde entier, où sont-elles? Elles sont nulle part puisque, de toutes manières, la majorité des pays de la planète sont des régimes autoritaires et totalitaires. Les démocraties libérales représentent environ 30% des pays inscrits à l’Organisation des Nations Unies (ONU).[1] Il semble plus facile de faire marche arrière sur les droits et libertés que de tenter en vain de démocratiser la planète.
Qu’est-ce qu’est un décret au juste? Bigot (2021) évoque quelques éléments de définition. Le décret permet de simplifier les leviers de la gouverne. L’Éditorrieux ajoute que, bien qu’inscrit dans nos textes de lois, et malgré qu’il en existe une interprétation ne semblant pas faire consensus, ce pouvoir dont le peuple en comprend la nature d’exception, demeure un pouvoir important exigeant la sagesse des dirigeant de la communauté pour éviter toute dérape. La gouverne par décret est aussi un élément d’assujettissement du social à l’État. Le décret puise sa source dans l’absolutisme. Il permet de renverser de nombreuses situations de gouvernes démocratiques en situation de gouvernes pragmatiques (Beaudet, 2021). En France, le décret, ou décret-loi, sert généralement à la dissolution de tel organe ministériel ou de telle décision d’une instance (Natoli, 2021).
Selon l’Encyclopédie canadienne[2] : «Les décrets ne font pas l’objet de discussions au Parlement, et ne nécessitent pas l’adoption d’une loi par celui-ci pour être adoptés». Il y a donc un potentiel de dérive démocratique. Gaïti (2019, p. 570) explique que l’usage abondant du décret pave la voie à la gouverne par les politiques publiques «dont les ministères sont bientôt les puissants opérateurs».
Ce n’est pas tant de gouverner par décret qui pose un problème, c’est de le faire dans un cadre qui n’est pas constitutionnellement convenu. L’exécutif énonce les règles au nom de la situation d’urgence, alors que le législatif attend de reprendre son rôle lorsque l’état d’urgence de la crise sera levé. La question est quand? Il ne faut pas penser que le problème est unique au Québec. Le Gouvernement français oscille, lui aussi, sur la limite constitutionnellement convenue pour cautionner les décisions arbitraires de l’exécutif. Il est donc question de séparation des pouvoirs, mais aussi des luttes intestines entre ces derniers dont le Peuple en fait les frais.
L’élément qui participe à la résolution d’une crise de gouvernance est la notion de balance des pouvoirs bien définie dans la Constitution des États-Unis. La Guerre au Vietnam n’a jamais été soutenue par une déclaration de guerre du Congrès américain (pouvoir législatif). Il s’agissait d’une guerre présidentielle. Le Président des États-Unis (pouvoir exécutif), notamment en tant que commandant en chef des forces armées, peut déployer des troupes pour une durée de soixante jours au-delà desquels il doit demander un prolongement au Congrès. Débute alors le jeu politique pour convaincre les membres du Congrès américain, parlez-en à Lyndon B. Johnson ou à Richard Nixon, à maintenir des troupes, et ainsi poursuivre la guerre au Vietnam.
En attendant que le Parlement du Québec (Assemblée nationale) reprenne ses prérogatives, le Gouvernement du Québec use abondamment du décret selon la liste des décrets et arrêtés ministériels depuis le 13 mars 2020[3]. Ces décrets du Gouvernement du Québec sont issus des décisions de l’exécutif qui, par ailleurs, peut modifier les règles parlementaires en temps de crise. Il instrumentalise à cet égard le pouvoir judiciaire pour stipuler. Le principe sacro-saint Nemo judex in causa sua [4]en prend pour son rhume.
En France et au Québec, les gouvernements ont opté pour le décret de l’exécutif. Ce qui à long terme, ou dans des conditions où les décrets sont rendus caducs, et par conséquent nuls, en vertu du fait que la crise ne nécessite plus l’état d’urgence, contribue à l’érosion du respect du droit constitutionnel, fondement même de notre conception de la démocratie. D’autres pays comme la Pologne et la Hongrie ont modifié leurs Constitutions, et muselé le pouvoir judiciaire au grand dam de la Communauté européenne qui condamne de tels comportements dans ses rangs.
Sans doute qu’au Québec, la situation n’est pas encore assez propice à l’autoritarisme, mais la gouverne par décret peut dérailler, et nous serons pris dans l’imbroglio décrets versus lois, voire décrets-lois. Remarquez que la dérive des droits et libertés n’a pas commencé avec la pandémie. Depuis 2010, dans certains pays d’Europe, ce changement est observable du moins en Pologne et en Hongrie.
Le premier indicateur d’une gouvernance par décrets est la perte des libertés démocratiques, particulièrement pour les pays déjà engagés dans un certain autoritarisme comme c’est le cas notamment en Pologne et en Hongrie. Le deuxième indicateur, selon l’analyse de l’Éditorrieux, est le risque d’être arrêté arbitrairement dès lors que le discours d’un individu ou d’un journaliste accuse le gouvernement d’avoir choisi la voie du décret pour diriger le pays. Le troisième indicateur semble être la marginalisation des partis d’opposition. Selon le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’Homme de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), les mesures d’urgence sanitaire ne devraient pas être un prétexte pour : «subvertir l’ordre constitutionnel ou détruire les droits de l’homme et libertés fondamentales» (Dakowska, 2020).
En Pologne et en Hongrie, on critique peu, à tout le moins un peu, mais sans dépasser une certaine limite convenue. Dans ces pays, la critique de la gouverne par décret conduit à la prison, tandis qu’au Québec, une amende ou une certaine forme d’ostracisation vous attend.
Le 17 avril 2020, le Parlement européen déclare incompatible avec les valeurs européennes la décision du Gouvernement polonais de prolonger l’état d’urgence, de gouverner par décret et d’organiser des élections durant la pandémie. Ce comportement nuit directement à la démocratie et aux droits et libertés. Les gens comprennent qu’il faut parfois reporter un peu l’élection pour une raison aussi évidente que la pandémie de COVID-19. La tenir à tout prix prive cependant de son droit de vote les citoyens qui ne pourront pas se rendre aux urnes à cause de la pandémie. Donc, imposer une élection est aussi une manière de restreindre la démocratie. Pourtant, les États-Unis ont tenu une élection durant la pandémie en 2020.
La notion de crise, particulièrement constitutionnelle, crée un risque de dérive qui finit par renforcer l’état pour trois raisons dont 1) les crises augmentent les moyens de contrainte et de répression, 2) l’exécutif durcit les mesures prises pour assurer et maintenir le fonctionnement de l’état et 3) une crise provoque une augmentation des interventions économiques et sociales de l’état pour combler les besoins liés aux circonstances que provoque la pandémie. En France, le Président peut invoquer l’article 16 de la Constitution française de 1958 pour assurer la continuité de l’état sous sa gouverne directe en temps d’urgence (Natoli, 2021).
Selon la théorie schmittienne (Natoli, 2021, p.18), il appert que : «l’état d’exception a montré que le recours aux pouvoirs de crise s’inscrit toujours dans le cadre d’une temporalité caractérisée par l’existence d’une « crise du pouvoir » lui-même.» Selon cette théorie, l’état d’exception conduit généralement à une crise du parlementarisme. Dans le cas de la pandémie, il semble que l’enjeu du pouvoir pour éviter une crise, constitutionnelle et parlementaire, soit de définir ce qu’est un temps de crise, et ce qu’est un temps normal. Le temps de crise étant définit comme «situation tendue, de l’issue de laquelle dépend le retour à un état normal» (Natoli, 2021, p. 20). L’approche schmittienne[5] pose que le temps de crise oblige le déploiement de la logique partisane caractérisée par le pouvoir exécutif qui soutient un état fort et maintient la relégation du Parlement. La mise en garde consiste donc à éviter d’entrer dans cette logique de gestion par dérogation qui conduit dans la plupart des cas à légitimer le chef d’état et à ensuite le plébisciter.
Avec la pandémie, la crise est double. Il y a toute la question de la crise elle-même, une pandémie difficile à résoudre puisque les modèles de résolution de ce type de crise sont peu éprouvés au niveau d’une crise sanitaire et politique, et cela provoque une crise de gouvernance liée au déséquilibre entre les pouvoirs de l’état, le muselage de l’opposition et l’insatisfaction de la population qui réagit négativement à l’érosion de ses droits et libertés.
Les décrets déposés par le Gouvernement du Québec depuis le 13 mars 2020 sont possibles grâce à l’article 118 sous l’autorité de la Loi sur la santé publique. «Dans notre système juridique fondé sur la primauté du droit et la séparation des pouvoirs, un ministre ne peut suspendre une décision judiciaire» (Valois, 2020). Cela n’étant pas respecté, il est légitime de se poser la question : qui gouverne? De plus, le pouvoir exécutif détermine le fonctionnement du Parlement québécois (Assemblée nationale), mais de quelle autorité? Quelle est la procédure pour que le pouvoir législatif reprenne ses prérogatives, en dépit de la crise, et sans faire lui-même un usage abusif du droit positif, délicat à pratiquer en temps de crise à cause de l’incertitude qui empêche de bien légiférer en vue du présent et du futur sur la base de ce qui a été convenu aujourd’hui et dans le passé face à un phénomène comme la pandémie de COVID-19 (Valois, 2020; Bélair-Cérino, 2021; Bernier, 2021; Natoli, 2021)?
Pour citer cet article :
Beaudet, A. (2021). Gouverner par décrets, L’Éditorrieux, 1(4), pp. 1-5. https://leditorrieux.wordpress.com/
Références :
Beaudet, A. (2021). Les politiques publiques urbaines, L’Éditorrieux, 1(2), pp. 1-5. https://leditorrieux.wordpress.com/archives/
Bélair-Cérino, M. (2021). Avec l’état d’urgence, Québec règne en «roi et maître», selon des juristes, Le Devoir, 15 avril. https://www.ledevoir.com/politique/quebec/598847/coronavirus-urgence-sanitaire-quebec-regne-en-roi-et-maitre-selon-des-juristes
Bernier, F.-D. (2021). L’état d’urgence aux 10 jours, est-ce légale? , Le Journal de Québec, 14 mars. https://www.journaldequebec.com/2021/03/14/letat-durgence-aux-10-jours-est-ce-legal
Bigot, G. (2018). La conception de l’État dans l’œuvre d’Édouard Laboulaye. Revue Française d’Histoire des Idées Politiques, 47, 59-80. https://doi.org/10.3917/rfhip1.047.0059
Dakowska, D. (2020). Pologne et Hongrie : Covid-19 et tentation autoritaire. AOC [Analyse Opinion Critique], société AOC, 1-8. https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02632554/file/DAKOWSKA%20La%20crise%20du%20COVID%20et%20la%20tentation%20autoritaire%20WEB.pdf
Gaïti, B. (2019). Gouverner le Gouvernement : les trajectoires des politiques de coordination gouvernementale en France (1935-2019). Revue française d’administration publique, 171, 565-585. https://doi.org/10.3917/rfap.171.0565
Locke, J. (1984). Traité du Gouvernement civil, Paris, Flammarion, 408 p.
Natoli, F. (2021). La pratique constitutionnelle en temps de crise : étude comparée : France, Italie, Espagne. Droit. Université de Nanterre – Paris X. Valois, M. (2020). Droit et urgence ne font pas bon ménage, La Presse, 14 avril. https://plus.lapresse.ca/screens/d38c4dc8-1860-41d9-9c80-eda6bbfb8b24__7C___0.html
[1] https://atlasocio.com/classements/politique/democratie/classement-etats-par-indice-de-democratie-monde.php
[2] https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/decret
[3] https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/a-z/coronavirus-2019/mesures-prises-decrets-arretes-ministeriels
[4] Personne n’est juge dans sa propre cause.
[5] Carl Schmitt (1888-1985) est un philosophe allemand controversé inspiré par les théories de Jean Bodin.
Stratégies du marché des vaccins, vol 1, no. 3
1er juillet 2021
Par André Beaudet
Nous avons tous notre point de vue sur ledit marché du «Big Pharma». Nous sommes par ailleurs d’avis à le sanctifier lorsqu’une entreprise met sur le marché un médicament qui réduit les risques de rejets liés à la transplantation d’un organe, alors que nous sommes prompts à le condamner lorsqu’il s’agit d’un nouveau vaccin pour lutter contre un nouveau virus. Cela étant dit, pourquoi la population est-elle méfiante? À partir de 1853, les efforts mondiaux des gouvernements pour lutter contre la variole ont rencontré les mêmes réserves qu’aujourd’hui, sur les libertés et à propos de la peur d’une conspiration mondiale, quant à la vaccination de masse. En somme, la population se méfie-t-elle véritablement du vaccin contre la COVID-19, ou est-ce qu’elle se méfie en fait du modèle financier déployé par les grandes sociétés pharmaceutiques?
Cet article présente la situation particulière de l’industrie pharmaceutique notamment en temps de crise sanitaire que d’aucuns comparent à une situation de guerre. Ce sont des situations semblables qui stimulent la recherche appliquée, parfois même la recherche fondamentale comme ce fut le cas dans les débuts des découvertes liées à la fission nucléaire (Gross et Sampat, 2021). Depuis le début des années 40, soit peu avant l’entrée en guerre des États-Unis dans le second conflit mondial, débutait aussi l’externalisation de la recherche dans le domaine militaire. Cela permit de produire à grande échelle la pénicilline pour traiter les maladies infectieuses et les graves blessures de guerre. La pénicilline a été synthétisée au début des années 50.
Cette sous-traitance de la recherche qu’octroie l’Armée, à des firmes civiles hautement contrôlées, contribue à l’émergence du marché pharmaceutique qui s’est développé et que nous connaissons aujourd’hui. Ce marché est basé principalement sur le modèle de l’innovation. Autrement dit, les avancées technologiques et la rapidité d’implantation ont été possible grâce au concours des firmes civiles durant la Deuxième Guerre Mondiale. Ce mouvement continu de recherche et de partenariat, entre le gouvernement américain et les contractants, a contribué à pouvoir mobiliser encore une fois les firmes pour soutenir l’effort national de lutte contre la COVID-19 (Gross et Sampat, 2021).
Le marché de la production industrielle pharmaceutique est comme tous les autres. Il répond aux signaux de l’économie. Compte tenu de sa taille et de son influence, il impose toutefois son marketing à l’échelle mondiale. Deux phénomènes étudiés dans le champ de l’économie industrielle attirent l’attention de l’Éditorrieux quant au comportement des entreprises pharmaceutiques. Il semble que Pfizer et Moderna occupent une part de marché importante. C’est quasiment un oligopole, voire un duopole. Cela provoque un premier phénomène appelé stratégie de punition (Grim Strategy) contre les autres producteurs de vaccins tels que AstraZeneca, Sputnik V, Coronavac, Novavac, etc., qui tentent d’entrer plus férocement sur le marché, et dont nous entendons moins parler. Cette stratégie semble fortuite et opportuniste comparativement à l’Arabie Saoudite, par exemple, qui applique sciemment un tel comportement pour maintenir sa position dominante sur le marché du pétrole. Dans le cas de Moderna et Pfizer, les barrières imposées aux autres sont la technologie, la rapidité et l’influence sur le marché. Dans le cas du pétrole, la barrière à franchir est le prix difficile à battre que le Royaume peut soutenir longtemps (Arefi, 2020).
Les entreprises pharmaceutiques bénéficient d’un marché fortement construit sur l’émotivité et la vulnérabilité des gens. Cela constitue pour elles une véritable opportunité d’affaires. Elles n’ont plus à vendre les vaccins nominalement à tous les cabinets de médecins à coup de $50 ou $150 de frais aux patients qu’il faut convaincre de se faire vacciner pour le zona par exemple. Avec la pandémie, les entreprises pharmaceutiques s’approprient ce qu’il convient d’appeler en économie le surplus du consommateur (Carlton et Perloff, 2008) désigné ici par les deniers publiques détenus par le gouvernement agissant pour le compte des citoyens dans l’achat des vaccins offerts gratuitement à la population.
Les mots clés de cet article réfèrent aux concepts de concurrence parfaite pour comprendre les notions de maximisation du profit, aux oligopoles coopératifs et non-coopératifs pour comprendre la notion de différence de prix et l’équilibre du marché, la concurrence monopolistique et la différenciation de produits ― Pfizer et Moderna utilisent le ARNm, tandis que AstraZeneca, Sputnik V et Johnson & Johnson utilisent le vecteur viral ou adénovirus (Corniou, 2021) ― qui animent spécifiquement le jeu entre Moderna, Pfizer et AstraZeneca (Wang et al., 2021). Corniou (2021) explique bien la différence entre les vaccins ARNm (nanocapsule lipidique) et adénovirus (virus atténué) en parlant de ce dernier en ces termes: «Ainsi, comme pour les vaccins à ARN, c’est l’organisme lui-même qui fabrique la protéine « ennemie » afin que le système immunitaire la repère et apprenne à la combattre. Mais dans le cas des vaccins à ARN, le « véhicule » est une nanocapsule lipidique, plutôt qu’un virus, et les instructions sont codées sous forme d’ARN, plutôt que d’ADN.[1]»
En 2014, l’Arabie Saoudite vendait le baril de pétrole entre $30 et $40, un prix bien en dessous du marché, $60 à $100 estimé (Gazzane, 2014). Cette stratégie visait à empêcher l’Iran et la Russie de gagner des parts de marché. Cette stratégie décourageait également le développement des marchés connexes tels que le gaz de schiste et les sables bitumineux. Pour le Royaume, il était hors de question d’être l’arbitre du marché, et maintenir sa position sur le marché demeurait la stratégie première (Gazzane, 2014; Kajja, 2020).
La théorie des jeux est utilisée par les leaders sur le marché pour conserver le prix à son niveau optimum. Ainsi, prendre une décision stratégique en considérant les autres joueurs, c’est pratiquer la théorie des jeux. L’objectif est d’atteindre un équilibre qui satisfasse tous les joueurs dans l’absolu (Jahan et Mahmud, 2015). La réalité est bien différente. L’utilisation du concept de barrière à l’entrée et l’application de la stratégie de la punition moduleront considérablement l’équilibre optimum souvent caractérisé par le prix ou par la position d’influence sur le marché.
En se référant à la théorie des jeux, l’Arabie Saoudite applique le jeu non-coopératif, un jeu à somme nulle, puisque la position sur le marché est son gain, et la perte revient aux autres joueurs ainsi punis par cette stratégie. Le Royaume cherche son propre intérêt plus que la maximisation du profit dans ce cas-ci. En somme, en se référant au dilemme du prisonnier, le jeu a d’abord été coopératif, mais à un moment, le Royaume décide de faire cavalier seul, et ainsi rendre le jeu non-coopératif, ce qui définit bien la stratégie de punition (Grim Strategy), en ce qu’un joueur a trahi les autres joueurs à partir d’une période donnée (Gazzane, 2014; Jahan et Mahmud, 2015; Arefi, 2020; Kajja, 2021).
Dans le cas de l’Arabie Saoudite, la stratégie de punition s’applique au marché en général. Elle est voulue. Non seulement le Royaume maintient le prix du baril bas, il augmente sa production au grand dam des autres joueurs sur le marché (Kajja, 2020). Tandis que la stratégie de punition appliquée par Moderna et Pfizer sur l’ensemble du marché semble plutôt fortuite, elle ostracise tout de même le vaccin anglais AstraZeneca, le Sputnik V russe, le Coronavac chinois, Johnson & Johnson et Novavax.
Au nom de l’innovation et des nouvelles technologies, disons que grosso modo, les Moderna et Pfizer utilisent «l’ARN[2] messenger», sur une partie (la surface) du virus SARS-CoV-2 (COVID-19). L’ARNm sert à déjouer la protéine «Spike[3]» et ses mutations (Buanic, 2021). Cette protéine est une forme de protubérances situées sur la surface du SARS-CoV-2. L’ARNm entraîne en quelque sorte notre organisme et notre système immunitaire à se défendre face à la menace de récurrence des pandémies.
Depuis la création de l’OSRD[4] au début des années 40, pour aider l’Armée à développer rapidement certains besoins tels que les technologies radars, la biotechnique, etc., le modèle de l’innovation est au centre de la recherche et du développement. C’est le cas aujourd’hui également de l’industrie pharmaceutique invitée par les gouvernements de la planète à créer rapidement un vaccin efficace. Évidemment, les vaccins ARNm sont présentés comme la solution de l’avenir, alors que les vaccins adénovirus sont critiqués pour les effets secondaires telle que notamment la thrombose qui a pour effet d’ostraciser le vaccin d’AstraZeneca sur le marché au profit de Pfizer et Moderna.
La pandémie du COVID-19 a permis aux grandes entreprises pharmaceutiques de s’enrichir puisque les gouvernements sont devenus les clients obligés d’acheter les vaccins pour le compte des citoyens. Autrement dit, le surplus du consommateur, soit l’argent qui se trouve dans les coffres de l’état obtenu par le biais de l’impôt, est transféré dans les coffres des entreprises pharmaceutiques. Le gouvernement du Canada décide donc pour les consommateurs en soutenant que pour des impératifs sanitaires, nous sommes disposés à acheter à n’importe quel prix les vaccins disponibles sur le marché. Le problème avec cette approche est que le choix qui revient habituellement aux consommateurs ne leurs appartient plus puisque l’état décide pour eux. Bien entendu, il s’agit d’une image pour illustrer l’efficacité des producteurs et la capacité du gouvernement à payer le prix pour avoir des vaccins. Les concepts de surplus du consommateur et de surplus des producteurs réfèrent aux notions d’offre et de demande liées à l’efficience du marché et au bien-être des acteurs économiques (Carlton et Perloff, 2008, pp. 117-119).
Le marché des vaccins est concurrentiel, mais il semble que l’industrie pharmaceutique pousse le développement des nouvelles technologies associées au ARNm. La protéine «Spike» cause des mutations rapide du virus. C’est pourquoi les scientifiques étudient le potentiel de la cellule «T» qui mute plus lentement à la suite du contact avec le SARS-CoV-2 (Wu, 2021). Cette cellule «T» permettra de produire des vaccins plus efficaces en termes d’adaptations aux mutations et de durée de la protection contre la maladie.
En conclusion, la pandémie de COVID-19 a été une opportunité d’affaires pour une industrie déjà bien nourrie, alors que des faillites massives paient la note du changement de paradigme social axé sur l’économie de la santé. La promotion des nouvelles technologies liées au développement des nouveaux vaccins; et la mauvaise presse à l’égard d’AstraZeneca, à cause des cas de thromboses notamment; ajoutez à cela la remise en question des vaccins adénovirus, et vous venez d’appliquer une forme de stratégie de punition. Maintenant que nous avons la pâte, il manque le remplissage constitué des fonds des gouvernements directement prélevés à la source par les joueurs majeurs de l’industrie pharmaceutique pour compléter votre tarte qu’il reste juste à faire cuire. L’Éditorrieux termine cet article sur les sages paroles de John Locke[5] : «l’excès d’une propriété ne consistant point dans l’étendue d’une possession, mais dans la pourriture et dans l’inutilité des fruits qui en proviennent.»
Pour citer cet article :
Beaudet, A. (2021). Stratégies du marché des vaccins, L’Éditorrieux, 1(3), pp. 1-5.
Références :
Arefi, A. (2020). L’Arabie Saoudite peut supporter longtemps la crise du prix du pétrole, Le Point, 23 mars. https://www.lepoint.fr/monde/l-arabie-saoudite-peut-longtemps-supporter-la-crise-du-prix-du-petrole-23-03-2020-2368317_24.php
Buanic, C. (2021). Variants : l’impact des mutations de la protéine Spike sur l’immunité au COVID-19 en trois questions, Industries & Technologies, 22 juin. https://www.industrie-techno.com/article/variants-l-impact-des-mutations-de-la-proteine-spike-sur-l-immunite-au-covid-19-en-3-questions.65804
Carlton, D. W., et Perloff, J. M. (2008). Économie industrielle, Paris, Éditions Ouvertures Économiques, 2ième édition, 1086 pages.
Corniou, M. (2021). AstraZeneca, Johnson & Johnson et Sputnik V : les vaccins à adénovirus arrivent, Québec Science, 2 février.
AstraZeneca, Johnson & Johnson et Sputnik V: les vaccins à adénovirus arrivent
Gazzane, H. (2014). Comprendre la chute vertigineuse des prix du pétrole, Le Figaro, 17 décembre.
Gross, D.-A. et Sampat, B.-N. (2021). Crisis innovation policy from World War II to COVID-19, National Bureau of Economic Research, juin, 33 pages. https://www.nber.org/system/files/working_papers/w28915/w28915.pdf
Jahan, S. et Mahmud, A. S. (2015). La pensée stratégique, Finance & Développement, décembre, pp. 40-41.
https://www.imf.org/external/pubs/ft/fandd/fre/2015/06/pdf/
Kajja, K. (2020). L’Arabie Saoudite à l’heure de la pire crise économique de son histoire, Diploweb, 28 juin. https://www.diploweb.com/L-Arabie-Saoudite-a-l-heure-de-la-pire-crise-economique-de-son-histoire.html
Wang, W.-C., Ching-Yuan Fann, J., Chang, R.-E., Jeng, Y.-C., Hsu, C.-Y., Chen, H.-H., Liu, J.-T., Ming-Fang Yen, A. (2021). Economic evaluation for mass vaccination against COVID-19, Journal of the Formosan Medical Association, no. 120, pp. 95-105. https://reader.elsevier.com/reader/sd/pii/S0929664621002357
Wu, K. J. (2021). COVID-19 Vaccine Makers are Looking Beyong the Spike Protein, The Atlantic, mai.
https://www.theatlantic.com/science/archive/2021/05/spike-protein-vaccines-covid/618954/
[1] https://www.quebecscience.qc.ca/sante/astrazeneca-johnson-johnson-sputnik-vaccins-adenovirus/
[2] Acide ribonucléique
[3] Péplomère
[4] Office of Scientific Research and Development
[5] Locke, J. (1984). Traité du Gouvernement Civil, Paris, Flammarion, p. 211.
Les politiques publiques urbaines, vol. 1, no. 2
1er juin 2021
Par André Beaudet
Peut-être est-ce simplement une perception, mais il me semble que le palier de gouvernement municipal gagne en visibilité médiatique et en pouvoir de représentation politique depuis une vingtaine d’années en France et au Québec? Au Québec, il y a un parallèle à faire entre la fusion des municipalités en 2002 et l’émergence d’un nouveau style de pouvoir municipal. Pensons à l’élection d’Yves Lévesque à Trois-Rivières en 2002, et à celle de Régis Labeaume à Québec en 2007. Les deux maires auront eu un règne long, soutenu à la fois par la population et par les médias. Le maire du 21e siècle devient un personnage davantage médiatisé que ses prédécesseurs. La ville de Shawinigan connaît également le phénomène avec le maire Michel Angers tout puissant.
Nous sommes en droit de nous demander si cette popularité, souvent soutenue par un caractère particulier, soit bouillant, soit populiste, pouvait nuire à la dynamique de la démocratie municipale? La population participe déjà peu aux élections municipales, dont le taux de participation record de 50,7% aux municipales de 2017 à Québec[1] demeure bien bas, alors vous pensez bien que le débat public en souffre également. Pourtant, nous buvons les paroles des mairesses et des maires d’une ville qui savent imposer leurs visions. Nous allons donc tenter de comprendre la dynamique politique des villes à travers quatre concepts principaux. Évidemment, je vous invite comme toujours, pour en savoir davantage, à consulter les articles que j’ai utilisés pour écrire cet article.
Cette quadrature est composée de la notion de territoire urbain, d’alternance au pouvoir, de l’influence des médias et, pour compléter la compréhension du phénomène, de la personnalité du magistrat en présence. C’est à travers les relations entre ces quatre concepts que s’articule le développement des politiques publiques urbaines. Évidemment, chaque vision qu’une administration puisse avoir de la ville dépend du city branding qu’elle peut promouvoir. C’est-à-dire l’image qu’une ville cherche à exploiter en fonction des attraits qu’elle offre en termes d’ouverture aux investissements, de politiques fiscales, d’infrastructures et de tourisme.
Vous aurez compris que le pouvoir municipal seul ne dispose pas des subsides nécessaires à la construction d’un tunnel ou pour l’installation d’un tramway. Aussi, notre quadrature évolue sous le spectre des gouvernements, provincial et fédéral, qui risquent de s’immiscer au-delà du financement dans un projet donné. Cela place l’administration des villes entre l’arbre et l’écorce puisque d’un côté, elle négocie avec les autres paliers de gouvernements, et, de l’autre, elle doit satisfaire ses parties : communes, quartiers, arrondissements, etc. La notion de territoire va donc devenir centrale pour le city branding afin de se positionner dans cette rude compétition entre les villes sans cesse en train d’attirer des individus et des entreprises talentueux pour créer de la croissance économique.
Depuis les années 80, le marketing des villes est au centre des politiques publiques urbaines afin de valoriser les attraits des villes grâce au soin apporter à son image. Une fois l’image bien définie, ciblée, la ville doit déployer des stratégies d’attractivité. C’est donc un enjeu urbain pour créer de la valeur qui s’obtient par l’acquisition de talents et d’entreprises nouvelles. On attire ainsi certains types de professionnels, d’industries et d’investisseurs grâce au city branding à cause du caractère concurrentiel des nouveaux services qu’offrent une ville par rapport à une autre. Telles sont désormais les fonctions de la ville dite entrepreneuriale (Sechi, 2018).
Les nouvelles politiques publiques des villes créent parfois un développement inégal des arrondissements et quartiers. Nous avons vu durant la pandémie une décroissance de la population urbaine à Montréal. Les villes doivent donc inverser cette courbe démographique descendante, sinon le résultat est évidemment constaté par une diminution des revenus de la ville pour maintenir les mêmes infrastructures. Dans leurs rapports concurrentiels, les villes réagissent en soutenant des stratégies de modernisation et de tertiairisation de l’économie.
La question est de savoir si entrepreneur et démocratie vont bien ensemble? N’est-ce pas là le biais décisionnel dans la gestion d’une ville? La proximité avec le monde des affaires implique-t-elle, au nom du pragmatisme, de contourner certaines règles? Les décisions plus expéditives de la ville finissent par léser les petites communautés à cause de certaines particularités territoriales et sociales au sein même de la ville (Mangilli Doucé, 2021). Le choix d’un projet routier peut par exemple restreindre l’espace commercial ou résidentiel d’un quartier, ce qui brime le droit démocratique de la population instrumentalisé par un règlement de dézonage au profit d’investisseurs privés, importants au point d’en dégager une somme considérable de deniers publics sur le dos des contribuables concernés. Toutes choses étant égales par ailleurs, les parties de la ville (communes, districts, arrondissements) en viendront à exercer elles aussi des pressions pour ralentir les élans autocratiques de l’administration de la ville.
Le concept de politique métropolitaine tend à créer de l’opposition entre les représentants municipaux et communaux. Sans charte de gouvernance, les enjeux métropolitains ont tendance à contourner certains aspects démocratiques, ce qui complexifie les communications, c’est-à-dire le débat, entre l’organisation métropolitaine et les élus municipaux. Pourtant, toutes les parties prenantes sont pourtant désireuses de contribuer à définir l’espace publique pour se faire une représentation idéelle du territoire urbain (Mangilli Doucé, 2021, p. 291). Autrement dit, d’un point de vue normatif, le projet métropolitain devrait naître d’une vision commune.
Le passage dans bien des sociétés d’un mode de production fordiste à un mode d’accumulation flexible, c’est-à-dire la délocalisation de la production pour sauver des coûts, provoque un changement important en géographie politique. En effet, à partir de années 1980 s’amorce une ère de désindustrialisation des secteurs importants de l’économie dans bien des villes moyennes et grandes, n’épargnant presqu’aucun pays industrialisé (Amin, 1994; dans Sechi, 2018). La concurrence des territoires entre les villes et les métropoles européennes devient vite un enjeu qui se gagne par la force du branding/image de la ville, ou encore, grâce à l’image des projets véhiculés par l’administration en place incarnée dans la personnalité de la mairesse ou du maire spécialement (Sechi, 2018).
Dans la littérature scientifique, nous comprenons que la vision d’une administration est déterminante dans la réalisation d’un projet. Ensuite, il s’agit de négocier, avec un palier de gouvernement supérieur, officiellement de financement, et officieusement de gouvernance du projet. L’alternance doit être comprise de manière équivoque. Un projet peut être abandonné soit par une nouvelle administration, soit par la même administration qui change son fusil d’épaule. Nous avons vu ces scénarios avec la ville de Saint-Étienne en France à la suite des élections municipales de 2013 où le nouveau maire élu, Gaël Perdriau, abandonne le projet de marketing de la ville «Atelier Visionnaire» (Sechi, 2018), et avec la ville de Québec où le maire Régis Labeaume tergiverse sur l’idée d’un 3e lien (Simard, 2019).
Depuis son arrivée à la mairie de Québec en 2007, Régis Labeaume alterne régulièrement sa vision des infrastructures importantes pour Québec. La population est quant à elle encore plus diffuse sur le bon choix entre le tramway, le réseau routier et le service rapide par bus, ce qui se traduit par un désintérêt de la chose. Les citoyens laissent ainsi la ville libre d’action, car les médias lui mangent dans la main. Cela biaise le caractère démocratique des politiques publiques urbaines puisque les décisions sont parfois prises sur la base d’un résultat de sondage plutôt que sur une étude de planification urbaine rigoureuse.
Il existe deux facteurs importants qui permettent de questionner la pertinence d’un projet urbain ou métropolitain. Il y a le caractère durable du projet et le niveau de participation de la population au débat public sur ledit projet (Mangilli Doucé, 2021). Évidemment, lorsque certaines études ne sont pas rendues publiques, ou encore, lorsque les projets ne sont pas présentés en campagne électorale, la population perd de l’intérêt puisque mal informée d’une part, et, n’ayant pas de réponse d’autre part, laisse les médias véhiculer allègrement la vision de la mairie. La participation ou non de la population au débat public relatif à un projet précis détermine le niveau de liberté de la ville pour son exécution (Simard, 2019).
Curieusement, ce sont plutôt les médias qui se sont finalement appropriés le dossier du 3e lien à Québec. Revenons au tramway. Il implique les gouvernements provincial et fédéral. Ces derniers, en échange du financement, tendent à s’approprier le contrôle du projet. Ils laissent ainsi pour compte certaines parties prenantes telles que les urbanistes et la population. Experts en ce domaines, les urbanistes aspirent à soutenir les projets des politiciens locaux, et non juste à les avaliser. Quant à la population, elle est appelée à accepter ou non le projet. L’urbanisme ne s’occupe donc plus de planification, il est simplement relégué aux agrégats de l’art visuel urbain (Simard, 2019) que la population est invitée à admirer.
Les politiques publiques urbaines surfent littéralement entre deux pôles essentiels pour le développement d’une ville ou d’une métropole : le territoire avec ses inégalités, et l’alternance politique physique et idéelle, avec ses visions parfois différentes d’un mandat politique à l’autre (Mangilli Doucé, 2021). Les médias et l’influence des autres paliers de gouvernements nourrissent cette énergie magnétique. Ainsi, lorsque le projet a une couleur politique, il y a fort à parier que des intérêts particuliers influencent l’administration urbaine. De manière générale, quant il s’agit de l’image compétitive de la ville sur le marché des attraits urbains, c’est l’intérêt général qui compte. Il n’y a pas de couleur politique dans les décisions, et la durabilité du projet en témoigne.
D’emblée, Mangilli Doucé (2021, pp. 113-114) explique que la transformation des modes de communications et la multiplication des échelons intermédiaires dans la structure politique métropolitaine provoque, au nom de l’efficacité des échanges et de la circulation des biens et des personnes, des raccourcis démocratiques discutables : «En effet la montée en puissance métropolitaine qui contraint la capacité d’agir politique des communes, notamment, s’accompagne de stratégies qui concourent à une opacité des enjeux politiques et territoriaux des Métropoles».
Cela n’est pas sans rappeler le manque de transparence dans les études et les négociations sur les nouveaux liens routiers pour la ville de Québec (Larin, 2021). Un enjeu municipal qui a de forts échos au provincial, finit par laisser ce dernier palier tirer les ficelles. Le gouvernement provincial pratique une asymétrie de l’information pour museler d’une part l’opposition municipale, et, d’autre part, pour ralentir le processus d’autonomie décisionnel des villes au détriment de sa principale compétence, soit la maîtrise de la notion de territoire et d’aménagement urbain. Aussi, la ville veut pouvoir prendre des décisions, et agir plus rapidement sans constamment attendre l’aval des autres paliers de gouvernements.
Ceteris Paribus, les parties de la ville (communes, districts, arrondissements) arrivent à se faire entendre. Ce contrepoids est fragile, car la ville peut déployer de nombreuses ressources pour faire valider un projet même impopulaire. C’est à suivre dans le dossier du 3e lien à Québec (Simard, 2019; Larin, 2021). Au dernière nouvelle, Régis Labeaume ne se représente pas aux prochaines élections municipales à Québec prévue le 7 novembre 2021. Il est donc hasardeux de se prononcer sur le sort du 3e lien désormais lié à la prochaine administration de la région métropolitaine de la ville de Québec.
En conclusion, il semble que le respect des particularités territoriales, d’une ville ou d’une métropole, est généralement consensuel dans le cercle des élus municipaux, et dans celui des usages urbains. A contrario, le manque de respect de certaines procédures démocratiques, qui se manifeste par le manque de transparence et l’application de la règle de la censure (Larin, 2021), est beaucoup moins consensuel dans la population. Somme toute, la proximité du gouvernement municipal avec le citoyen ne semble pas être de nature démocratique, mais bien de nature pragmatique…
Pour citer cet article :
Beaudet, A. (2021). Les politiques publiques urbaines, L’Éditorrieux, 1(2), pp. 1-5.
Références :
Larin, V. 2021. 3e lien : Bonnardel accusé de cacher un haut fonctionnaire. Journal de Québec, version électronique, 28 avril. https://www.journaldequebec.com/2021/04/28/3e-lien-bonnardel-accuse-de-cacher-un-haut-fonctionnaire
Mangilli Doucé, M.-L. (2021) Politiques et stratégies de communication à l’œuvre dans les territoires métropolitains. Thèse de doctorat, Université Grenoble Alpes, 350 pages.
Sechi, G. (2018). Le city branding à l’épreuve de l’alternance politique à travers l’exemple stéphanois. », Confins, numéro 36. https://doi.org/10.4000/confins.14303 Simard, M. (2019). Québec est ses dilemmes urbanistiques: les enseignements du terrain et des débats médiatiques. Revue Organisations & territoires, vol. 28, no 2, pp. 9-27.
[1] https://www.lapresse.ca/actualites/national/201711/06/01-5142545-elections-le-taux-de-participation-plus-eleve-a-quebec-qua-montreal.php
Les partis politiques extraparlementaires, vol. 1, no. 1
1er mai 2021
Par André Beaudet
Je saisis l’occasion d’écrire mes observations sur les partis politiques extraparlementaires alors que nous assistons en ce moment à l’émergence d’un tel phénomène au Québec avec la place qu’occupe de plus en plus le Parti conservateur du Québec (PCQ) dans l’espace médiatique. Pour le premier article du journal l’Éditorrieux, que je suis fier de lancer aujourd’hui, l’idée de traiter des partis politiques me semble d’actualité. Je choisis de publier mon premier article ce samedi premier mai 2021 pour faire un petit clin d’œil aux mouvements sociaux de mai 68[1] dont nous sommes les héritiers.
C’est en participant à la grande manifestation du premier mai 2002 à Paris que je prenais personnellement conscience de cette force de la masse populaire. Elle a fait trembler mon corps d’émotions tout au long de la manifestation. Mes mains continuaient de trembler, encore gonflées d’adrénaline, en mettant sur papier tout ce que j’avais vu : banderoles, hommes, femmes, enfants et vieillards monter aux barricades, et entendu scander par les citoyens en plein exercice de leurs droits et libertés, slogans, chants et témoignages. J’ai même cru entendre la Marseillaise!
Alors, est-ce la pandémie qui nous affecte, au point que nous assistions de plus en plus à l’émergence d’idées d’associations politiques germant en dehors de l’enceinte du pouvoir : le parlement? C’est ce qui se produit en ce moment avec le Parti conservateur du Québec. Ce phénomène s’appelle la création d’un parti politique extraparlementaire. C’est ce que Maurice Duverger (1955) associe aux partis de masses. Ce concept s’oppose aux partis parlementaires tels que la Coalition Avenir Québec (CAQ) et l’Action Démocratique du Québec (ADQ), où historiquement, les élus ont changé de bannière pendant leurs mandats ou entre deux mandats en maraudant d’un parti à l’autre ou en créant des nouveaux partis politiques. Le Parti libéral du Canada (PLC) et le Parti conservateur du Canada (PCC) sont institutionnalisés depuis le vingtième siècle. Ils ont survécu à la volatilité des systèmes partisans des instances fédérales face aux nouvelles tendances et aux autres partis qui sont apparus depuis. C’est le même phénomène au Québec.
Ce sont des systèmes de partis dits à «deux partis et demi». Ce que nous appelons le bipartisme imparfait où il y a deux partis politiques principaux et un autre parti qui réussit à jouer d’influence. C’est le cas au Canada et au Québec. Il existe également le bipartisme parfait comme aux États-Unis. Remarquez que même si le système politique américain s’est polarisé vers le Parti démocrate et le Parti républicain, il peut accueillir plusieurs partis. Il y a régulièrement des candidats indépendants qui tentent leurs chances, mais pas à toutes les élections présidentielles puisque la tradition du bipartisme parfait s’est installée. En Europe, il a beaucoup de multipartismes marqués généralement par le partage du pouvoir et l’absence d’un parti hégémonique (Van Haute et Sauger, 2018). Toutefois, l’hégémonie du Parti libéral du Québec (PLQ) et celle du Parti québécois (PQ) ont fini par subir l’érosion du littoral partisan. La traversée du désert de l’ADQ, depuis sa création en 1994 et sa fusion à la CAQ en 2012, aura fini par briser le 1er octobre 2018 le bipartisme hégémonique séculier du PLQ et du PQ qui s’alternaient au pourvoir depuis 1976.
Si nous soumettions l’élection de la CAQ en 2018 à l’indice de Pedersen (1979, dans Van Haute et Sauger, 2018), le résultat serait probablement élevé. Cet indice sert à mesurer le changement net d’appui aux partis politiques d’une élection à l’autre en considérant des facteurs comme le côté traditionnel du parti, son institutionnalisation, l’effritement qu’il subit et le changement de configuration des systèmes partisans qui s’opère souvent au rythme des nouvelles aspirations sociales. Manifestement, cela a varié le 1er octobre 2018 au point de casser avec le bipartisme hégémonique, montrant ainsi les effets de l’érosion partisane, probablement celle en périphérie du centre de décision du parti, puisque dans la littérature scientifique, nous comprenons que le changement vient rarement du noyau solide d’un système partisan une fois dûment institutionnalisé.
Quoi qu’il en soit, les partis politiques, particulièrement une fois au pouvoir, ont de plus en plus d’inclinations à s’institutionnaliser et à tenir un discours attrape-tout, c’est-à-dire proposer des programmes similaires à leurs adversaires pour se connecter aux idées politiques qui finissent par toucher autant leur base électorale que celle des adversaires. Cela veut dire modifier le discours pour satisfaire des valeurs telles que l’ouverture ou la fermeture aux marchés étrangers, la production et la consommation locale, le choix des marchés d’importation et d’exportation, l’éducation, la santé, etc. Le parti se dira alors à l’écoute de la population.
La plasticité des partis politiques rend leur définition plus complexe. Le Parti cinq étoiles en Italie (Cinque Stelle ou Movimento 5 Stelle) par exemple, qui se dit davantage un mouvement social alors qu’il siège de facto au parlement. À l’opposé, vous avez le Tea Party au États-Unis qui se définit comme un parti politique, alors qu’il s’agit d’un groupuscule de droite sans représentation au Congrès américain. Voilà que nous avons maintenant un parti conservateur au Québec qui, curieusement aux autres partis conservateurs dans les sociétés parlementaires en général, émerge de manière extraparlementaire.
Nous avons rendez-vous le 3 octobre 2022 pour voir si le mouvement social enclenché pas le Parti conservateur du Québec (PCQ) va réussir à faire entrer massivement des députés au parlement (Assemblée nationale du Québec). Le feu en vaut-il la chandelle étant donné que les partis politiques parlementaires semblent subir une baisse de popularité selon certains courants de pensée? Envers et contre tous, le parlement demeure l’endroit convoité pour faire avancer les intérêts d’un parti politique ayant l’appui de la population, et c’est la voie qu’emprunte désormais le PCQ.
Les partis d’allégeance conservatrices sont historiquement les premiers à s’être développés dans la démocratie parlementaire, laquelle naît en Angleterre en 1801. Le Canada procède en 1867. La Constitution du Canada est rapatriée de Londres en 1982. L’Australie entre en 1901 dans le parlementarisme cent ans après le début du mouvement libéral en Angleterre. Le Congrès américain siège en 1789[2]. Ces partis dits de cadres traditionnels ont continué d’exister, et ils sont devenus les nouveaux types de partis de cadres que nous connaissons aujourd’hui dans nos sociétés démocratiques (Duverger, 1955). D’abord accessibles aux notables, la représentation au parlement s’est de plus en plus ouverte à toutes les candidates et tous les candidats respectables désirant participer à l’élection. Nous avons donc vu naître les partis travaillistes, écologistes, etc. Nous connaissons cette forme de représentation depuis le début de la monarchie parlementaire britannique qui s’est répandue et développée dans la plupart des sociétés démocratiques depuis la fin du XIX ͤ siècle et le début du XX ͤ siècle jusqu’à aujourd’hui. L’état de l’évolution des partis politiques d’un pays renseigne l’analyste sur le régime politique en place.
Évidemment, partis politiques et démocratie sont indissociables au bon fonctionnement de la société (Van Haute et Sauger, 2018). Le système parlementaire est donc arrivé avant les partis politiques. Je précise système parlementaire puisque le mot parlement possède une terminologie et une définition intrinsèque différente d’un pays à l’autre. Depuis 1801, bien d’autres partis politiques sont apparus sans toutefois pouvoir représenter tous les clivages socio-économiques à l’intérieur d’un état. Les systèmes parlementaires portent en effet plusieurs noms tels que bien sûr parlement (Canada, Australie, Angleterre) assemblée nationale (France), diète (Pologne, Japon, Suède) et congrès (États-Unis).
Le phénomène des partis extraparlementaires n’est pas nouveau, bien qu’historiquement associé aux partis de droite. La gauche de son côté, s’est développée avec les idées socialistes qu’elle a mieux réussi à institutionnaliser que la droite dans les parlements. Par exemple, les premières instances que la gauche déploie sont les partis syndicalistes, verts et communautaires, poussant ainsi la droite dans la marginalité parlementaire. De plus en plus institutionnalisée en France, le Front national (FN) a tenté de sortir de la marginalité parlementaire en 2002, sans succès, j’y étais. Ensuite, la base partisane a connu une phase de volatilité lorsque Marine Le Pen succède à Jean-Marie Le Pen, son père, à la direction du parti en 2011. En 2018, elle renomme le FN : Rassemblement national (RN) qui continue à gagner en popularité. Certains partis conservateurs et libéraux dans plusieurs pays (partis de cadres traditionnels) ont tenté l’expérience interventionniste, c’est-à-dire se teinter légèrement de socialisme et de jouer au parti attrape-tout, mais avec moins de succès que les partis socialistes eux-mêmes, évidemment (Duverger, 1955; Van Haute et Sauger, 2018).
Quant aux démocraties à partis uniques, elles ne sont démocratiques que dans la nomenclature. Van Haute et Sauger (2018, p. 580) expliquent que : «D’un point de vue idéologique, la création d’un parti politique signifie l’acceptation de la démocratie et l’acceptation qu’il existe des divergences d’intérêts au sein de la communauté.» Pour survivre, les partis politiques doivent représenter des clivages assez importants de la société pour demeurer au parlement, à tout le moins en politique. La démocratie s’exerce dans la pluralité des idées. Pour l’instant, le Parti conservateur du Québec est à la première étape du développement. Celle qui consiste à créer le parti, «check!», élire un chef, «check!» et ultimement, participer aux élections. C’est ce que nous appelons le seuil de déclaration (Pederson, 1982 dans Van Haute et Sauger, 2018).
Autorisé en 2009 par le Directeur général des élections du Québec, le PCQ est resté latent jusqu’à la course à la direction remportée par Adrien D. Pouliot en janvier 2013. Ce dernier assume une certaine permanence à la dilettante jusqu’à ce que de nouveaux candidats briguent le poste de la direction du parti. Éric Duhaime devient le nouveau chef du PCQ, il affirme : «Je veux défendre les gens ordinaires» (Saba, 2021). Élu le 17 avril 2021, il propulse le parti pour la première fois dans un élan véritable, une poussée initiale vers la prochaine élection prévue le 3 octobre 2022. Le parti est vite qualifié de populiste. L’épithète est positive tant, et aussi longtemps, que le populisme ne devienne pas de la démagogie. Le PCQ est un parti extraparlementaire dans la mesure où il apparaît dans la société québécoise afin de provoquer un bouleversement visant à recentrer le citoyen au cœur des préoccupations politiques de l’état. C’est un parti conservateur qui effectue une coupure avec les idées conservatrices traditionnelles. À preuve, le PCC ne reconnait pas le PCQ comme son pendant provincial comme c’est le cas ailleurs au Canada (Porter et Vastel, 2021). Le PCQ mise sur un nationalisme patriotique comme l’évoque Saba (2021).
Je qualifierais plutôt de néo-patriotisme le positionnement du PCQ sur l’échiquier québécois en ce qu’il valorise la reconnaissance des acquis de nos parents à titre d’usager, et que les nouvelles générations réclament désormais un Québec libéré des corporatismes, où la démocratisation de l’éducation depuis la Révolution tranquille permet maintenant aux citoyens de s’affranchir de la domination de l’état tout en exigeant son soutien sans condition. Aujourd’hui, les jeunes générations sont des usagers des droits acquis. Les partis politiques ne sont plus les principaux vecteurs de représentation. Les électeurs se mobilisent et votent pour des enjeux de société tels que l’environnement, la reconnaissance de l’égalité et la réduction de la discrimination. Les programmes des partis politiques ont historiquement permis de reconnaître des droits inhérents aux clivages socio-économiques, qui maintenant institutionnalisés, n’ont plus d’utilité puisque le citoyen possède les leviers pour revendiquer sans intermédiaire ses acquis démocratiques dûment inscrits dans la Constitution canadienne.
À quelques heures de la publication de cet article, nous avons eu la chance de pouvoir observer le jeu politique entre les partis parlementaires d’Ottawa et de Québec, mettant des bâtons dans les roues d’une manifestation, prévue le premier mai à Montréal et organisée par des citoyens, défiant la consigne des rassemblements interdits, soutenue par un parti extraparlementaire, le PCQ, et précisément tenue pour exercer un droit constitutionnel fondamental, n’en déplaise aux dirigeants, particulièrement ceux qui gouvernent temporairement au Québec par décrets successifs.
L’état est, pour les partis politiques extraparlementaires, un instrument à la disposition des citoyens, et non le contraire. Comment évoluera le système partisan au sein de cette formation politique? À quel type de compétition partisane aurons-nous droit pour voir se définir la base militante. Quelle tendance finira par imposer le consensus dans les rangs? Gardons constamment à l’esprit que le véritable but de la science est la recherche de la vérité à travers l’exercice du débat. Nous avons donc rendez-vous le 3 octobre 2022 pour constater l’évolution de l’élargissement des bases partisanes et électorales de la nouvelle administration du PCQ, sans faire de parallèle douteux avec cette bonne vielle note laissée dans la vitrine d’un restaurant, plus souvent qu’autrement manuscrites, au feutre noir, sur fond de carton, annonçant que le restaurant vient de rouvrir.
Pour citer cet article :
Beaudet, A. (2021). Les partis politiques extraparlementaires, L’Éditorrieux, 1(1), pp. 1-5
Références :
Duverger, M. (1955). Institutions politiques et droit constitutionnel : 1 – Les grands systèmes politiques, Paris, Presses Universitaires de France, 1990, 603 pages.
Porter, I. et M. Vastel (2021). Trois sénateurs fédéraux appuient Éric Duhaime pour la chefferie du PCQ, Le Devoir, Montréal, version électronique, 18 février.
Saba, M. (2021). Le Parti conservateur du Québec a un nouveau chef dont la notoriété dépasse de loin la sienne, La Presse, Montréal, version électronique, 17 avril. Van Haute, E., et Sauger, N. (2018). Partis politiques et systèmes partisans. Y. Déloye & J.-M. De Waele (Eds.), pp. 575-610.
[1] En référence aux manifestations étudiantes dites du premier mai 68, mais qui eurent lieu entre mai et juin de cette année-là un peu partout dans le monde.
[2] La Constitution américaine a été adoptée par l’Assemblée (Convention) constituante en 1787 et elle entre en vigueur en 1789.